Vosges : pourquoi le parc de Fraispertuis-City pourrait ne pas ouvrir cette année

"Je ne peux pas ouvrir mon parc dans ces conditions" lâche Patrice Fleurent, le patron de Fraispertuis-City, au sujet du protocole sanitaire.
Parc de Fraispertuis City, page Facebook. Une attraction à Fraispertuis City, archives

La situation est très difficile pour le parc d'attraction vosgien de Fraispertuis-City, première destination touristique du département, et les modalités d'ouverture pour  cette saison n'arrangent rien du tout. 

Avec 120 000 visiteurs enregistrés l'an dernier, contre plus de 270 000 en 2019 (la saison avait été amputée de moitié pour la durée, et le nombre de visiteurs maximum fixé à 5000 entrées), les finances vont mal.

Les sommes issues des prêts garantis par l'Etat vont commencer à devenir des charges, alors que durant cet hiver, le parc n'a pas pu appliquer de chômage partiel à ses employés permanents, car la maintenance des attractions, qu'il y ait du monde ou non, il faut bien la faire. Résultat, 600 000 euros de décaissés au cours de l'hiver. 

Si le calendrier de reprise se dessine, il n'est en rien convaincant. Le 19 mai prochain, les parcs à thème pourront rouvrir. Parfait si l'on est un zoo par exemple. En revanche, pour Fraispertuis-City, comme Walygator ou Nigloland, cette date ne permettra pas d'exploiter la moindre attraction. 

Non. Pour pouvoir faire un tour de manège, il faudra attendre encore, le 9 juin au minimum. 

Et ce, sous réserve que les parcs se décident à ouvrir. Car oui, le doute subsiste totalement. 

Pourquoi ? 

À cause de l'application des restrictions liés à la crise sanitaire, sans commune mesure avec celles décidées l'an dernier. 

La jauge maximale de visiteurs, qui se montait en 2020 à 5000 personnes va passer à 1000, et il n'y aura pas de restauration possible. On commence à mieux cerner l'ampleur du problème, donc, car ce n'est pas sur les entrées que le parc fait l'essentiel de son chiffre d'affaire, mais bien sur les "à-côtés".

"Il y a eu un calendrier de décidé, après... Il est inapplicable pour notre site, je ne peux pas dire qu'on voit le bout du tunnel du tout" dit Patrice Fleurent, le directeur du parc.

"Les phases qui ont été annoncées, on ne peut concrètement pas les mettre en pratique dans nos parcs d'attractions". "Il y a le 19 mai, les parcs à thème sauf les attractions donc on imagine mal ouvrir, le 9 juin, vous avez droit aux attractions mais alors pas de restaurants dans les parcs, vous avez une demande de pass sanitaire, pour l'instant le flou est complet" explique-t-il.

"D'un côté on nous dit que (ce pass sanitaire) c'était à partir de 1000, de l'autre côté on nous dit que c'est à partir du premier visiteur". "Quoi qu'il en soit, que ce soit à partir du premier, ce qui est logique, ou à partir de 1000, le pass sanitaire est une vraie contrainte pour les parcs d'attractions". 

Selon M. Fleurent, en plus du contrôle des billets à l'entrée du parc, il faudra également contrôler le QR code du pass sanitaire, ou le résultat d'un test PCR négatif et en plus réclamer une pièce d'identité pour s'assurer qu'il s'agit bien de la bonne personne. De quoi forcément créer des attroupements qui ne sont pas bons en pleine période de crise sanitaire, avec les mesures de distanciation sociale, mais aussi en terme de sécurité "attentats". 

La contrainte est également très forte pour les employés du parc, car l'essentiel des employés à Fraispertuis City, ce sont avant tout des jeunes, des étudiants, en emploi saisonnier, qui travaillent pour se faire un peu d'argent. Ils ne sont donc pas prioritaires pour le moment à la vaccination, et devront donc tous les deux jours, réaliser un test PCR qui devra être négatif, "au bout de deux mois, ils vont avoir les narines qui vont exploser les pauvres" se désole le patron du parc qui souligne que l'été dernier, aucun parc d'attraction n'avait enregistré de cluster lié au covid en France.



Difficile à digérer donc, d'autant qu'au sein du parc vosgien, pour l'essentiel en plein air, on avait le sentiment d'avoir plutôt bien fait les choses en 2020, avec le port du masque quand les distances ne pouvaient pas être gardées, le nettoyage des attractions.

"Aujourd'hui, on pensait ouvrir en demandant le port du masque quelle que soit la distanciation parce que ça posait des problèmes dans les files d'attentes et les allées, ce qui permettait quand même aux visiteurs de profiter des installations". "Le problème il se trouve donc sur ce pass sanitaire, d'une part parce que, légalement on peut difficilement imposer ce test PCR à nos 360 collaborateurs, et on va générer plus de sources de contamination entre visiteurs si quelqu'un n'a pas respecté les règles, bref c'est totalement inapplicable, et puis nos entreprises qui sont privées ne doivent pas assurer la charge de la stratégie vaccinale du gouvernement, on ne doit pas payer le retard qu'il y a sur la vaccination et je le répète, l'année dernière aucun parc d'attraction n'a fait état de cluster en France". 

Une difficulté supplémentaire, si l'on va au parc, et pour l'essentiel des visites, elles se font en famille. Des groupe de cinq, six, sept, huit voire neuf personnes parfois. Si ces dernières décident de s'attabler pour sortir leur déjeuner du sac, qui va faire respecter la mesure qui interdit les regroupements de plus de six personnes ? "Il faut imaginer la charge de responsabilité qui nous incombe, c'est déjà des choses que l'on a du mal à faire respecter dans le domaine public avec les autorités, je ne vais pas embaucher un service de sécurité de 20 personnes pour surveiller les groupes et à la fin de la journée avoir eu un quota de 900 personnes et dire qu'aujourd'hui il manque 30 à 40 000 euros" pointe M. Fleurent, évoquant les finances critiques du parc, pourtant une institution qui a traversé bien des tempêtes depuis 55 ans.

"On est déjà dans une situation financière plus qu'alarmante puisque le report des prêts bancaires, contrairement à l'année dernière, ne s'est pas reconduit pour cette année donc il faut honorer nos créances, avec tous les investissements que le parc avait fait ces dernières années, et donc la situation est déjà dans le rouge, ne la mettons pas K.O. pour dire qu'on fait plaisir à quelques visiteurs. Malheureusement on préfèrera rester fermé" conclut Patrice Fleurent. 

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