Nancy : inventeur d'une batterie révolutionnaire ou escroc ? Un ancien professeur agrégé de physique jugé

Un ancien professeur agrégé de physique comparaît à partir de ce jeudi, jusqu'à demain devant le tribunal correctionnel de Nancy.

Google Streets View La Cité judiciaire de Nancy, illustration

Il aurait persuadé des dizaines de personnes d'avoir mis au point une invention incroyable. Un nancéien, ancien professeur agrégé de physique comparaît à partir d'aujourd'hui devant le tribunal correctionnel de Nancy.

L'homme, âgé d'une cinquantaine d'années, est soupçonné d'avoir détourné plus d'un million et demi d'euros à des fins personnelles, alors que les investisseurs étaient persuadés de financer les recherches et le développement d'une batterie révolutionnaire.

C'est en 2009 que les premiers investisseurs commencent à lui apporter des fonds. Plus de 150 suivront au total jusqu'en 2013.

Ce sont d'abord des personnes issues de son entourage proche qui ont été approchées et séduites par son invention, selon maître Nicolas Pasina, avocat au barreau de Nancy et qui représente une trentaine de parties civiles au procès. Un premier cercle qui s'est ensuite élargi.

"Il avait indiqué qu'il avait trouvé un procédé qui permettait de stocker l'électricité dans une boîte, une batterie, qui était extrêmement réduite" indique Me Pasina.

"C'était extrêmement intéressant et ça a des perspectives industrielles, notamment automobile puisque le problème de l'énergie électrique, c'est le stockage de l'électricité" ajoute le conseil.

Une idée qui a beaucoup séduit les investisseurs, qui par le bouche à oreille, en ont attiré d'autres au fil du temps. Résultat, via plusieurs sociétés, près de 3 millions d'euros ont été versés.

L'investissement semblait sûr, l'homme organisait parfois chez lui des démonstrations devant des investisseurs ébahis. Le retour sur investissement promis quant à lui était mirobolant.

Le problème ? C'est qu'une partie de l'argent a changé de compte.

Des mouvements suspects ont été repérés par les enquêteurs au fil de l'instruction, partant des comptes des entreprises, vers ses comptes privés.

A-t-il financé son train de vie "élevé" avec l'argent de ses investisseurs ? C'est justement l'une des questions qui sera tranchée par la justice au cours de l'audience.

Le prévenu est soupçonné notamment d'avoir financé plusieurs voyages vers des destinations exotiques, ou d'avoir remboursé des créances immobilières entre autres. Il a été mis en examen en 2015 pour abus de biens sociaux notamment, et renvoyé en correctionnelle en 2019.

Pour ce qui est du projet, au point mort, l'homme n'y trouve aucune faute de sa part, selon Me Pasina "Il se victimise, d'abord en disant la justice a mis un point d'arrêt à mon projet, donc ce n'est pas de ma faute si le projet n'a pas avancé. Et il culpabilise aussi les personnes qui ont déposé plainte en leur disant, finalement c'est de votre faute, c'est vous qui êtes à l'origine, c'est vous qui ne m'avez pas fait confiance".

En effet, pour se défendre, l'homme a mis en ligne une longue vidéo sur Youtube en décembre dernier, à destination de ses investisseurs, appelée "L'autre histoire" (lien non répertorié). Tout au long de cette vidéo, d'1 heure et 46 minutes, l'inventeur revient sur l'instruction et les faits qui lui sont reprochés et clame son innocence.

Toutefois, pour Me Pasina, les reproches peuvent tout aussi bien être inversés. L'homme refusait de communiquer sur les dépenses dans l'intérêt du projet ni même prouver l'existence pure et simple de l'invention "il ne fait pas finalement non plus confiance à ses associés" pointe Me Pasina. Le prévenu lui, dans sa vidéo, pointe le fait de ne rien divulguer de l'invention, par la peur de l'espionnage industriel.

Au fil de l'enquête, il a toutefois été établi qu'aucun brevet n'a été déposé en lien avec cette invention censée mettre fin à l'ère du pétrole. Tout au plus, une demande déposée au Luxembourg, qui a été rejetée, pour "défaut de nouveauté".

Le préjudice des parties civiles lui varie d'un investisseur à l'autre. Selon Me Pasina, il se monte en moyenne à près de 10 000 euros pour chacun des 25 clients qu'il défend.


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