BIBI - TOUT DOUCEMENT

EmissionsUn jour une chanson v2

BIBI - TOUT DOUCEMENT

Publié : 19 janvier 2026 à 11h50 par
BIBI

1984, bar d'hôtel à Abidjan. Une Ghanéenne chante dans une langue qu'elle ne parle pas. Guy Gluck, directeur de maison de disques, l'écoute tous les soirs. Un jour, il lui propose l'impensable : "Laisse tout tomber, viens à Paris." Elle ne parle pas français. Tant pis. Un an plus tard, "Tout doucement" devient le tube de l'été. Un million d'exemplaires. Et Bibie devient la première Ghanéenne de l'histoire à vendre autant de disques.

Béatrice Adjorkor Anyankor, née à Accra en 1957, fille de diplomate. Enfance nomade entre l'Europe, le Liban, le Sénégal. À 14 ans, elle gagne un télé-crochet au Ghana. À 20 ans, mère célibataire, elle chante dans les bars de Lagos pendant les coups d'État nigérians. Et ce soir-là à Abidjan, Guy Gluck qui lui promet Paris.

Jean-Paul Dréau, l'auteur de "Coup de soleil" pour Richard Cocciante, a écrit "Tout doucement" pour Fabienne Thibeault à Montréal. Refus. La chanson dort dans un tiroir. Gluck la lui présente. Elle l'apprend en phonétique. C'est doux, mélancolique, universel.

Premier enregistrement ? Aucun label n'en veut. Trop long, trop mou. Bernard Estardy, ingénieur du son, raccourcit le morceau, ajoute des percussions qui rappellent des battements de cœur. Mars 1985, le single sort. Passages chez Michel Drucker. Explosion. Huitième place du Top 50 dès son entrée. Deuxième place quatre semaines plus tard, bloquée par "We Are the World" puis "Éthiopie". Vingt-trois semaines au classement. Disque d'or. Plus d'1,18 million d'exemplaires vendus.

Dalida la reprend en italien, "Semplicemente cosi". Bibie elle-même l'enregistre en anglais, "Breaking My Heart". La première Ghanéenne à ouvrir la voie à Angélique Kidjo. Mais la suite ? "J'veux pas l'savoir" en 1986 marche encore. Puis le public se détourne. Début des années 90, Bibie rentre au Ghana. Ouvre un café-théâtre à Accra. Crée la New Star Academy pour former les jeunes talents défavorisés.

Aujourd'hui ? Bibie, 68 ans, vit entre Accra et quelques tournées nostalgiques des années 80 en France. L'histoire d'une chanson apprise phonétiquement qui a changé une vie.