Bonneval Emergence défie les arrêtés préfectoraux et accuse Nestlé Waters de concurrence déloyale

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Le litige autour des eaux minérales naturelles prend une nouvelle tournure dans les Vosges.

Publié : 13 février 2026 à 7h51 par
Nouvel épisode dans le dossier Nestlé Waters
Crédit : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Bonneval Emergence, producteur savoyard basé à Séez, conteste les arrêtés préfectoraux autorisant Nestlé Waters à utiliser la microfiltration sur ses eaux Contrex et Hépar. Pour David Merle, directeur général de Bonneval, cette pratique menace la définition même de l’« eau minérale naturelle » et bouleverse l’équité entre producteurs.

« L’eau minérale naturelle doit être pure à son point d’origine »

« L'eau minérale naturelle est une eau qui doit être pure à son point d'origine, c’est-à-dire qu'elle doit être potable et on doit pouvoir la consommer sans la désinfecter », explique David Merle. Selon lui, la filtration à 0,45 micron, autorisée pour Contrex et Hépar, équivaut à une désinfection, ce qui contredit la réglementation française et européenne.

« Les laboratoires de surveillance utilisent cette filtration pour éliminer les bactéries pathogènes. Donc filtrer une eau minérale naturelle à ce niveau, c’est altérer sa définition et trahir la confiance des consommateurs », insiste-t-il.

Pour Bonneval, l’enjeu n’est pas seulement technique. L’eau minérale naturelle est une ressource rare et précieuse, nécessitant des investissements considérables pour protéger ses sources : « L’eau rendue potable par désinfection, c’est l’eau du robinet et ce n’est pas le même prix. L'eau minérale naturelle est 150 fois plus chère. On parle de ressources magiques, qui représentent un territoire et une vie dans la roche ».


Une concurrence asymétrique selon Bonneval

Le directeur de Bonneval Emergence dénonce également la concurrence asymétrique créée par la microfiltration autorisée. « À partir du moment où un concurrent dans notre secteur ne suit pas les mêmes règles, cela met en danger le modèle économique de toutes les sociétés qui respectent la réglementation », explique-t-il.

Il rappelle la complexité de son métier : « Nous avons des sources artésiennes de surface, l’eau sort sous sa propre pression et il faut préserver sa pureté originelle. Cela nécessite un travail minutieux avant et après l’embouteillage. Retirer le sens de cette exception met en danger tout notre modèle économique ».


Les recours engagés par Bonneval

Pour défendre l’appellation, Bonneval Emergence a engagé plusieurs actions en justice. En octobre 2025, l’entreprise avait déjà assigné Nestlé Waters devant le tribunal de Nanterre pour concurrence déloyale, réclamant plus de 1,3 milliard d’euros.

Dans ses recours contre les arrêtés préfectoraux des Vosges, elle demande aux tribunaux administratifs de vérifier la conformité des autorisations accordées aux eaux Contrex et Hépar. « Nous ne nous battons contre personne, mais pour l’appellation et pour que les consommateurs puissent acheter un produit qui correspond réellement à sa définition. Nous irons aussi loin que nécessaire, jusqu’au Conseil d’État si c’est le cas », affirme David Merle.


Le préfet Blaise Gourtay : contrôle et rigueur

Du côté de l’État, le préfet des Vosges, Blaise Gourtay, joue un rôle central. Il rappelle que les arrêtés ont été pris après une instruction rigoureuse et détaillée : « Le principe de la filtration a été autorisé pour Contrex et Hépar à la fin décembre 2025, après une instruction particulièrement exigeante menée par les services préfectoraux et l’ARS. Tout a été examiné avec soin, localement et à Paris », explique-t-il.

Le préfet détaille les étapes du contrôle : « Nous sommes maintenant dans une phase où les services de l’État vérifient que le système de filtration mis en place correspond réellement à ce qui a été autorisé. Si toutes les conditions sont réunies, la commercialisation de l’eau filtrée pourra être validée. »

Sur le recours de Bonneval, Blaise Gourtay précise : « Nous allons d’abord répondre au recours gracieux de la société, sur la base de l’instruction des arrêtés. Si elle souhaite passer à l’étape contentieuse, elle pourra le faire. Notre rôle est de garantir que la réglementation est respectée et que les décisions prises sont solides et justes. »

Le préfet met en avant la nécessité d’équilibrer sécurité sanitaire et protection de l’appellation : « Notre mission est d’assurer que la filtration, lorsqu’elle est autorisée, respecte toutes les règles et ne compromet pas la santé publique. Les consommateurs doivent pouvoir avoir confiance dans l’eau qu’ils achètent ».

Un enjeu stratégique

Cette affaire illustre les tensions entre réglementation, industrie et préservation des ressources naturelles. Entre la détermination de Bonneval Emergence et la vigilance des services de l’État, la bataille juridique s’annonce longue. L’enjeu est double : protéger l’authenticité de l’eau minérale naturelle et assurer la transparence envers les consommateurs.

David Merle résume ainsi la situation : « Cette eau n’est pas un produit comme un autre : c’est une ressource fragile, précieuse et unique. Nous nous battons pour l’appellation et pour les consommateurs. » Et pour le préfet Blaise Gourtay, l’enjeu est tout aussi clair : « Notre priorité est de garantir que la réglementation est respectée et que la confiance du public dans l’eau minérale naturelle est maintenue. »

David Merle détaille la réglementation sur l'eau minérale naturelle
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang
Le minéralier savoyard Bonneval y voit une rupture d’égalité
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang
La réaction de Blaise Gourtay, préfet des Vosges
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas
Blaise Gourtay revient sur les arrêtés préfectoraux
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas