Grand Est : 93,8 % des habitants disent que la situation économique pèse sur leur moral, un record national

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La rentrée 2026 est placée sous le signe de l'anxiété dans le Grand Est. Selon une étude TGM Research pour XTB France, la région enregistre le taux le plus élevé de France d'habitants qui jugent que la situation économique pèse sur leur moral. Matéis Mouflet, analyste chez XTB France, décrypte ces résultats pour Magnum La Radio.

Publié : 7 octobre 2026 à 8h45 par
93,8 % des habitants disent que la situation économique pèse sur leur moral, un record national

Dans le Grand Est, 88,8 % des habitants estiment avoir subi une baisse de leur pouvoir d'achat. Surtout, 93,8 % des sondés affirment que la situation économique pèse sur leur moral, contre 82,1 % en moyenne nationale.

Un moral plus bas, sans explication unique

Pour Matéis Mouflet, les données de la région sont globalement proches de celles du reste de la France, sauf sur le moral. « Il n'y a pas forcément de raison à ça », reconnaît-il. Il avance toutefois une piste : la présence de nombreux travailleurs frontaliers. Davantage d'habitants se sentent directement touchés par la situation économique en Suisse et au Luxembourg, qu'ils ressentent dans leurs revenus. Être frontalier est aussi « plus dur qu'il y a dix ans », selon l'analyste, car il est plus difficile de trouver du travail dans ces deux pays. L'inflation, assez élevée dans le Grand Est, joue également.

Mais l'analyste nuance : c'est aussi dans le Grand Est que l'on trouve les personnes qui épargnent et investissent le plus.

Cadeaux, santé, loisirs : des dépenses en baisse

Cette morosité se traduit dans les budgets. Dans la région, 77,5 % des foyers prévoient de réduire leur budget cadeaux de fin d'année, le taux le plus élevé de France. Par ailleurs, 12,5 % des habitants ont dû couper dans leurs dépenses de santé, un chiffre légèrement inférieur à la moyenne nationale (13,1 %). Matéis Mouflet y voit un signal d'alerte à relativiser : en France, rappelle-t-il, les grands soins restent peu coûteux, et ce ne sont généralement pas les dépenses de santé les plus importantes qui sont réduites.

Les loisirs, eux, sont plus touchés : 46,2 % des habitants disent les réduire. Selon l'analyste, il s'agit d'une tendance de fond et non d'un simple trou d'air de rentrée. « La première chose qu'on réduit, avant de réduire l'alimentation, ce sont les loisirs », explique-t-il. Un Français sur deux qui lève le pied sur ces dépenses constitue, selon lui, un signal d'alarme pour des secteurs importants comme l'hôtellerie, le voyage ou le jeu vidéo.

Il invite cependant à garder du recul. Ce que les gens déclarent n'est pas toujours ce qu'ils font : annoncer qu'on réduira les cadeaux de Noël ne change généralement pas grand-chose dans la réalité. Ce qui baisse le plus, ce sont les dépenses optionnelles, comme un abonnement Netflix. « Les Français ont tendance à être plus pessimistes que ce qui se passe dans la réalité », résume-t-il.

Épargner ou investir : la peur de perdre de l'argent

L'étude montre aussi un frein à l'investissement. Au niveau national, la première raison de ne pas investir est la peur de perdre de l'argent (51,7 %), loin devant le manque de moyens (25 %). Un réflexe de prudence que Matéis Mouflet juge compréhensible : les taux français ont dépassé les 4,5 %, le chômage est remonté et l'inflation reste élevée. Paradoxalement, les Français n'ont presque jamais autant épargné, avec un taux d'épargne supérieur à 14 % du revenu brut disponible, même si ce ne sont pas toujours les mêmes Français qui épargnent et qui connaissent des difficultés.

Pour l'analyste, laisser son argent sur un compte d'épargne revient à perdre du pouvoir d'achat quand l'inflation est élevée. Il cite plusieurs pistes pour faire fructifier son argent : les obligations, redevenues défendables avec la hausse des taux, l'immobilier, l'or et les marchés actions, qui offrent selon lui les rendements potentiels les plus élevés, à condition de diversifier et de gérer son risque. À très long terme, au-delà de 15 à 20 ans, il estime que perdre de l'argent sur les marchés est « excessivement rare ». Il précise toutefois ne pas pouvoir entrer dans le détail en matière de conseils d'investissement.

L'incertitude fiscale, un frein particulier dans le Grand Est

Autre particularité de la région : l'incertitude fiscale freine 26 % des habitants dans leurs investissements, contre 15 % dans le reste de la France. Pour Matéis Mouflet, ce sont surtout les plus aisés de la région, notamment des frontaliers, qui se sentent concernés par une possible hausse de la flat tax ou un retour de l'ISF. Le niveau de vie médian est le même que dans le reste du pays, mais l'écart est net chez les 10 à 20 % les plus riches.

Quels signaux pour retrouver la confiance ?

D'ici la fin de l'année, l'analyste reste prudent. La grande échéance politique reste mai 2027, et le vote du budget sera un premier test pour les marchés financiers. Le point le plus important, selon lui, est de faire baisser les taux d'intérêt, ce qui passera « probablement » par une réduction du déficit.

Le pouvoir d'achat des habitants du Grand Est a encore reculé cette année
Matéis Mouflet, analyste chez XTB France
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang