Mobilisation lycéenne : blocages, tensions et mortiers d'artifice dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle

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Ce jeudi 1er octobre 2026, le mouvement lycéen contre le manque de moyens dans l'Éducation nationale a pris de l'ampleur dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle. Des centaines d'élèves ont bloqué leurs établissements à Épinal, Neufchâteau, Nancy ou Longwy. En Meurthe-et-Moselle, la situation a dégénéré par endroits : feux de poubelles, tirs de mortiers d'artifice, gaz lacrymogènes et huit interpellations en milieu de matinée.

Publié : 11h35 par
Des affrontements aux abords des lycées Marvingt et Varoquaux de Tomblaine
Crédit : MLR

Un mouvement national qui gagne la Lorraine

Le mouvement est parti le 17 septembre du lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne, où des élèves protestaient contre l'absence de plusieurs postes d'enseignants. Il s'est étendu à l'Île-de-France les 24 et 25 septembre, avant de s'intensifier dans toute la France en début de semaine. Les appels à bloquer les lycées ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Les lycéens dénoncent des conditions d'apprentissage dégradées, le manque de personnel et des coupes budgétaires.

Dans les Vosges : des centaines d'élèves mobilisés

À Épinal, la mobilisation avait démarré mardi 29 septembre, avec 200 élèves du lycée Louis-Lapicque. Ils avaient défilé dans les rues de la ville et avaient été rejoints par des lycéens de Viviani. Ce jeudi matin, ils étaient environ 400 devant Lapicque. Une centaine d'élèves de Mendès-France les ont rejoints devant la préfecture, où des lycéens de Thaon-les-Vosges sont également arrivés. Au total, plus de 600 élèves étaient mobilisés selon les estimations. Des tirs de mortiers ont eu lieu devant Lapicque. Les forces de l'ordre ont répondu par des gaz lacrymogènes pour disperser une partie des manifestants.

Selon nos informations, le lycée Louis Lapicque reste fermé cet après-midi et les cours ne seront pas assurés. Les élèves et le personnel présents sur site pourront quitter l'établissement après manger. Concernant les élèves internes, ils restent pris en charge par le lycée et ils ne sont pas autorisés à sortir. 

À Thaon-les-Vosges, une soixantaine de lycéens étaient mobilisés. À Neufchâteau, près de 200 collégiens et lycéens se sont rassemblés dès 7h30 devant la cité scolaire Pierre-et-Marie-Curie, pour leur première mobilisation. Pétards, pancartes de revendications et Marseillaise ont rythmé la matinée.

Cette montée en puissance n'est pas une surprise pour les syndicats. La CGT Educ'action 88 rappelle que les personnels du lycée André-Malraux de Remiremont avaient été rejoints par leurs élèves dès le 23 septembre. Elle estime que les Vosges, « traditionnellement calmes », sont à leur tour touchées. Elle évoque des classes de 35 à 37 élèves, des heures de cours non assurées et des bâtiments dégradés. Le syndicat appelle à amplifier la mobilisation par la grève après la journée du 29 septembre, qu'il juge réussie. De son côté, le SNFOLC 88 a voté à l'unanimité de ses 105 participants, lors d'une assemblée générale à Épinal le 29 septembre, une prise de position de soutien aux lycéens. Il dénonce « l'austérité » et les 54 milliards d'euros de coupes budgétaires annoncés dans le cadre du budget 2027.

En Meurthe-et-Moselle : un millier de manifestants, des débordements

À 11h, la préfecture de Meurthe-et-Moselle recensait environ un millier de manifestants aux abords de 12 établissements du département, où des blocages étaient en cours. Parmi eux figurent les lycées Henri-Poincaré et Frédéric-Chopin à Nancy, Arthur-Varoquaux à Tomblaine, Jean-Zay à Jarny, Alfred-Mézières à Longwy et Jacques-Callot à Vandœuvre-lès-Nancy.

Selon la préfecture, aucun incident grave n'était à déplorer à ce stade. Elle fait toutefois état de « débordements » : feux de poubelles, jets de projectiles sur les forces de l'ordre et tirs de mortiers d'artifice. Huit personnes ont été interpellées. Soixante-dix policiers et trente sapeurs-pompiers du SDIS 54 sont déployés aux abords des lycées concernés, et le préfet Yves Séguy a activé le Centre opérationnel départemental pour coordonner les services.

Sur le terrain, la tension varie selon les villes :

  • Nancy : environ 400 élèves étaient rassemblés devant le lycée Poincaré dans la matinée. La mobilisation y a faibli en nombre mais s'est durcie. Des jeunes encagoulés, extérieurs au lycée selon les témoignages recueillis sur place, ont lancé des pétards et tiré des feux d'artifice. Un feu de poubelle a été allumé rue de Villers, qui mène au lycée Chopin lui aussi bloqué, et la rue a été fermée à la circulation. La faculté de lettres est également concernée par des blocages.
  • Vandœuvre-lès-Nancy : un appel lancé sur Snapchat a réuni des élèves devant le lycée Callot dès 7h30. La Ville avait retiré poubelles et objets inflammables en amont. Vers 9h, la situation a dégénéré : un feu a été allumé et des bombes aérosols ont explosé. Les pompiers sont intervenus. Le rassemblement s'est dissipé vers 10h15, mais une partie des jeunes a rejoint des lycées nancéiens.
  • Tomblaine : les lycées Arthur-Varoquaux et Marie-Marvingt, situés à proximité l'un de l'autre, sont concernés par la mobilisation. La police a tiré des gaz lacrymogènes aux abords de Marie-Marvingt pour disperser les lycéens.
  • Toul : devant le lycée Majorelle, la grande majorité des élèves s'est massée devant l'entrée peu avant 8h. Des chariots métalliques et divers objets ont été incendiés, et des projectiles ont été lancés vers les forces de l'ordre, qui ont répondu par des grenades lacrymogènes. Les cours ont été suspendus pour la journée.

Une mobilisation qui dépasse la Meurthe-et-Moselle

Les tensions ne se limitent pas à la Meurthe-et-Moselle. En Moselle, un policier a été touché par un tir de mortier à Saint-Avold, et des incidents ont éclaté à Metz.

Le président de la Région Grand Est, Franck Leroy, a saisi ce matin le garde des Sceaux. Il demande que la Chancellerie adresse aux parquets un message de fermeté. Il estime que « rien ne peut justifier que l'école devienne un terrain d'affrontement ». Pour les mineurs, il réclame une réponse adaptée et, si les circonstances le justifient, la mise en cause de la responsabilité des parents. Il accuse des mouvements d'extrême gauche d'appeler à la confrontation.

Du côté syndical, le discours est inverse. La FNEC FP-FO dénonce une « répression d'État » et demande l'abandon de toutes sanctions et poursuites contre les lycéens. Elle rejoint le ministère à 14h pour porter les revendications des personnels et des jeunes. La CGT Educ'action 88 affirme que « la police n'a rien à faire dans nos écoles » et refuse de voir dans cette colère un simple problème d'ordre public.

Le préfet de Meurthe-et-Moselle, lui, condamne fermement les violences, notamment contre les forces de l'ordre, qu'il juge « inacceptables ». Il appelle à l'apaisement et à un dialogue constructif avec toutes les parties, en lien avec les maires concernés.