Mobilisation lycéenne en Lorraine : entre interdiction de manifester et appel à descendre dans la rue, le bras de fer s'installe

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Alors que la préfecture de Meurthe-et-Moselle multiplie les mesures de sécurité après des débordements, les Jeunes Socialistes dénoncent une « répression policière » et appellent à rejoindre les lycéens mardi 6 octobre.

Publié : 5 octobre 2026 à 13h27 par
Plusieurs manifestations devraient se tenir demain partout en France.
Plusieurs manifestations devraient se tenir demain partout en France.
Crédit : Pixabay - HubertdeThé

La mobilisation lycéenne entre dans une phase de tension en Lorraine.

D'un côté, le préfet de Meurthe-et-Moselle, Yves Séguy, a interdit les rassemblements dans le centre de Nancy et aux abords de plusieurs lycées, autorisé les drones et activé son centre opérationnel départemental.

De l'autre, les Jeunes Socialistes de Moselle, de Meuse et de Meurthe-et-Moselle apportent leur soutien aux élèves et appellent à manifester à leurs côtés demain, tout en condamnant les violences.

Des blocages dans plusieurs villes de la région

Cette semaine, en Lorraine comme dans le reste de la France, des lycéens ont bloqué leurs établissements, notamment à Bar-le-Duc, Épinal, Longwy, Metz, Nancy et Saint-Avold. Lycées généraux et professionnels sont concernés.

En Meurthe-et-Moselle, la préfecture évoque des manifestations spontanées qui ont donné lieu à de « graves atteintes à l'ordre public » : tirs de mortiers d'artifice, incendies de poubelles et de véhicules, pillages de commerces. Des violences ont fait des blessés parmi les forces de l'ordre, le personnel éducatif et les élèves.

Ce que réclament les lycéens

Les Jeunes Socialistes, qui disent soutenir « sans réserve » le mouvement local et national, résument ainsi les revendications des élèves : pouvoir étudier dans des lycées décents, avoir des journées équilibrées entre vie scolaire et vie personnelle, s’instruire dans des classes à taille humaine avec des enseignants mieux considérés et mieux rémunérés, et un avenir post-bac qui ne soit confié ni à des algorithmes ni au supérieur privé.

Sur le fond, l'organisation politique, rattachée au Parti Socialiste (PS), réclame davantage de moyens pour l'école publique, notamment pour les collectivités territoriales qui gèrent les bâtiments scolaires. Ils demandent aussi l'abrogation de Parcoursup, la baisse du nombre d'élèves par classe et la hausse du salaire des enseignants.

Le dispositif de la préfecture

Face à « l'appel à poursuivre cette mobilisation » et au « risque avéré » de nouveaux troubles, le préfet a pris plusieurs arrêtés.

Il est interdit de manifester sur la voie publique jusqu’au mercredi 7 octobre 7h dans le centre-ville de Nancy (secteurs Stanislas et marché central) et aux abords des lycées Frédéric Chopin et Jean Prouvé (Nancy), Arthur Varoquaux (Tomblaine) et Jacques Callot (Vandœuvre-lès-Nancy).

L’usage des drones est autorisé à la demande de la Direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) ce lundi 5 octobre jusqu’à 20h « pour prévenir les atteintes à la sécurité et réguler les flux ». Les vols couvrent le centre de Nancy et des périmètres ciblés autour de lycées de Nancy, Tomblaine, Laxou et Vandœuvre-lès-Nancy. La captation, l’enregistrement et la transmission d’images au moyen de caméras installées sur des aéronefs sont donc autorisés.

L'arrêté préfectoral interdisant l'achat, la vente, le transport et l'utilisation d'artifices de divertissement, de produits inflammables, de carburants et de combustibles dans le périmètre de la Métropole du Grand Nancy, ainsi que dans 15 communes (Jarny, Longlaville, Longwy, Mont-Saint-Martin, Lunéville, Dombasle-sur-Meurthe, Pont-à-Mousson, Toul, Val de Briey, Pont-Saint-Vincent, Pompey, Neuves-Maisons, Flavigny-sur-Moselle, Longuyon et Lexy), reste applicable jusqu'au vendredi 16 octobre, 18h00.

Un millier de lycéens, une centaine de policiers

Ce lundi, le préfet a activé dès 7h45 le centre opérationnel départemental (COD) pour coordonner l'action des services. Après un début de matinée calme, près d'un millier de lycéens se sont rassemblés devant plusieurs établissements du département. Plus d'une centaine de policiers sont déployés aux abords des sites, et les équipes du SDIS 54 sont mobilisées.

Selon les forces de l'ordre, des incendies de mobilier urbain, des tirs de mortiers d'artifice et des jets de cocktails Molotov ont été signalés. Aucun blessé n'était à déplorer à ce stade.

« Violence indéniable », mais pas d'amalgame

Dans leur communiqué, les Jeunes Socialistes condamnent les violences commises ces derniers jours, y compris contre les pompiers et les forces de l'ordre : une violence « indéniable » qui « doit être condamnée ». Ils appellent au calme et à la retenue.

Mais ils refusent de mettre un signe égal entre « lycéens » et « dégradations ». Selon eux, les élèves se font « confisquer leur mouvement par des casseurs », alors que la très grande majorité d'entre eux ne recourt pas à ces méthodes.

Les Jeunes Socialistes dénoncent une « répression policière »

Les trois fédérations politiques vont plus loin et critiquent la « violence démesurée de la répression policière » qui s'abattrait sur les jeunes, évoquant des images de violences policières « venues de partout en France ».

Elles demandent au gouvernement d'ouvrir le dialogue avec la jeunesse et de renoncer à « l'escalade policière », et appellent les élus et organisations de jeunesse de droite à abandonner leur « posture martiale et réactionnaire ».

Le communiqué de la préfecture ne répond pas à ces accusations et ne fait état d'aucune intervention contestée.

Appel à la mobilisation nationale demain 

Les trois fédérations annoncent qu'elles seront dans la rue, demain, le mardi 6 octobre, aux côtés des organisations syndicales professionnelles et étudiantes et des associations de parents d'élèves.

Or l'interdiction de manifester prise par la préfecture de Meurthe-et-Moselle court jusqu'à mercredi 7h dans le centre de Nancy et aux abords de quatre lycées.

Les lieux de rassemblement de mardi devront donc être suivis de près.