Noyades en hausse : les rivières des Vosges, un danger mortel trop souvent sous-estimé

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À l'approche de l'été, Voies navigables de France relance sa campagne de prévention face à une hausse alarmante des décès par noyade en cours d'eau. En 2025, 33 mineurs ont perdu la vie dans les fleuves, canaux et rivières de France. Dans les Vosges, une plage surveillée ouvre ce week-end au domaine des lacs de Thaon-les-Vosges.

Publié : 6h42 par
Le domaine des lacs de Thaon-les-Vosges réouvre ses portes ce week-end
Le domaine des lacs de Thaon-les-Vosges réouvre ses portes ce week-end
Crédit : Ville de Thaon-les-Vosges

L'eau attire. Surtout quand les températures grimpent et que la canicule s'installe. Mais derrière l'apparente tranquillité des rivières et canaux vosgiens se cachent des dangers que même les meilleurs nageurs peuvent ne pas voir venir. Courants invisibles en surface, eau froide malgré la chaleur de l'air, berges glissantes impossibles à remonter : les causes de noyade en milieu naturel sont nombreuses, et souvent fatales.

Des chiffres qui alertent

L'été 2025 a été particulièrement meurtrier. Selon le bilan de surveillance épidémiologique de Santé publique France, 169 personnes ont perdu la vie par noyade en cours d'eau ou en plan d'eau entre le 1er juin et le 30 septembre 2025 — soit 21 de plus qu'en 2024 sur la même période. Ces accidents représentent 41 % de l'ensemble des décès par noyade recensés en France.

Ce qui frappe davantage encore, c'est la surreprésentation des jeunes parmi les victimes. 58 % des noyades mortelles chez les moins de 18 ans surviennent en cours d'eau ou en plan d'eau. En chiffres absolus : 33 mineurs ont perdu la vie cet été-là, contre 20 l'année précédente. Une hausse de 65 % en un an.

Des risques méconnus, parfois insoupçonnés

Pour Voies navigables de France (VNF), l'établissement public chargé de gérer les 6 700 km de voies navigables françaises, ces chiffres ne surprennent pas. Chaque été, les mêmes scènes se répètent : des jeunes qui sautent depuis un pont, qui s'approchent trop près d'une écluse, qui sous-estiment la force d'un courant.

Sauter depuis un pont — même de faible hauteur — est l'une des pratiques les plus dangereuses. Sous l'eau trouble des rivières se dissimulent blocs de béton, pieux métalliques et accumulations de roches, invisibles depuis la surface. La faible profondeur des canaux aggrave encore le risque de choc à l'impact.

Près des écluses et des barrages, la baignade est strictement interdite. Et pour cause : les courants y sont puissants, les tourbillons imprévisibles, et les manœuvres des ouvrages peuvent être déclenchées à tout moment. La circulation de bateaux de commerce ou de plaisance ajoute un risque supplémentaire de collision.

Plus généralement, hors des zones aménagées, les conditions rendent tout sauvetage extrêmement difficile. La visibilité sous l'eau est souvent limitée à quelques centimètres. Les berges, abruptes ou encombrées de végétation, compliquent les remontées. Et le choc thermique — ou hydrocution — guette les baigneurs qui plongent brusquement dans une eau bien plus froide que l'air ambiant.

Dans les Vosges, une réponse concrète

Pour répondre à ces dangers, la baignade surveillée fait son retour au domaine des lacs de Thaon-les-Vosges dès ce week-end. Des maîtres-nageurs seront présents les 6 et 7 juin, puis tous les jours du 13 juin au 31 août de 14h à 19h, ainsi que les 5 et 6 septembre.

Un espace pensé pour permettre à tous — familles, enfants, adolescents — de profiter de l'eau en toute sécurité, loin des zones à risques.

« Coule pas ton été »

En parallèle, VNF relance pour la saison sa campagne nationale de prévention #CoulePasTonÉté, à destination notamment des 12-25 ans. Des outils de communication sont mis à disposition des communes, associations et établissements scolaires. Une carte interactive recensant les sites de baignade autorisés est également accessible sur le site de VNF.

Le message est clair : avant de plonger, il faut s'informer. Auprès de la mairie, de l'office de tourisme, ou directement sur les panneaux de signalisation qui indiquent les zones autorisées — et celles qui ne le sont pas.

Car en rivière, ce qu'on ne voit pas peut tuer.

Pour connaître les zones de baignade autorisées près de chez vous, renseignez-vous auprès de votre mairie ou consultez la carte disponible sur le site de Voies Navigables de France.


Yannick Payot, responsable du service territorial du canal des Vosges au sein de Voies navigables de France précise : "à l'approche des beaux jours et des fortes chaleurs qu'on a connues ces derniers jours, notamment ce week-end, les gens se sont tentés d'aller chercher de la fraîcheur aux abords des fleurs, rivières et canaux. Mais ils ne mesurent pas les dangers qui en découlent. En dehors des espaces aménagés, les risques liés à la baignade sauvage peuvent avoir des effets importants, voire mortels. Voies navigables de France souhaite mener cette prévention et cette alerte sur les risques dans les différents cours d'eau". 

Concernant les risques, Yannick Payot développe : "les risques sont assez multiples, avec des conséquences plus ou moins graves. Par exemple, les sauts depuis les ponts peuvent avoir des conséquences très graves, puisqu'à la surface de l'eau, on ne voit pas ce qu'il y a en profondeur. Il peut y avoir localement des blocs métaux, des pieux métalliques, et forcément un choc dessus peut entraîner des conséquences très graves. Également, si l'on se baigne à proximité des écluses et des barrages, des phénomènes d'aspiration pourraient vous entrainer et causer une noyage. Et n'oublions pas : en cas de forte chaleur, avec des températures extérieures de plus de 30°C, l'eau reste relativement fraîche et on peut avoir des risques d'hydrocution lors de plongeons ou de baignades dans les canaux et les rivières". 

Yannick Payot développe les risques liés aux baignades sauvages
Yannick Payot développe les risques liés aux baignades sauvages
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas
Le nombre de noyade est en hausse nous explique Yannick Payot
Le nombre de noyade est en hausse nous explique Yannick Payot
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas