Cambriolages au Dynapôle Ludres-Fléville : « Un jour, on aura un drame »
Richard Lefèbvre, directeur du pôle Lorraine pour le groupe Bernard Trucks (Renault Trucks), tire la sonnette d'alarme. Son entreprise a subi plus de 300 000 euros de préjudice en quelques années. Comme ses voisins du Dynapôle, il n'en peut plus.
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La nuit du 31 mai au 1er juin restera gravée. En moins de trente minutes, deux individus à visage découvert, arrivés à bord d'une berline allemande vraisemblablement volée, ont dérobé neuf pots catalytiques sur des utilitaires du garage Renault Trucks de Ludres. Trente mille euros envolés en une demi-heure. Un de plus à inscrire dans une longue colonne de pertes qui dépasse désormais les 300 000 euros pour la seule entreprise de Richard Lefèbvre.
« En permanence sur le qui-vive »
Ce qui inquiète le plus ce patron lorrain, ce n'est pourtant pas le chiffre. C'est le reste. « Le problème majeur, même si les coûts sont énormes, c'est qu'un jour on va avoir un drame sur la zone. » Son garage assure du dépannage vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Ses techniciens peuvent débarquer sur site à n'importe quelle heure de la nuit pour récupérer une pièce ou repartir en intervention. En 2025, alors qu'un véhicule non immatriculé lui était dérobé sur le parking, l'un de ses dépanneurs est arrivé quelques minutes après les voleurs. « Il ne s'en est pas aperçu, les voleurs se sont cachés. Mais j'avais mon collaborateur dans l'atelier avec des gens en train de faire leur manœuvre dehors. » La conclusion s'impose d'elle-même : « Pour 20 litres de gasoil, ils n'ont plus peur de rien. Ils sont capables de mettre quelqu'un sur le carreau. »
Une zone industrielle sous pression
Le Dynapôle Ludres-Fléville, c'est 310 hectares, 360 entreprises, des milliers de salariés. Et des axes autoroutiers (l'A330 et l'A33) qui font sa force économique mais aussi sa faiblesse sécuritaire : des voies de fuite express pour des groupes de délinquants chevronnés. Rue Pierre-et-Marie-Curie à Ludres, le gérant d'Est Incendie a vu quatre utilitaires vandalisés en moins de quatre minutes, des cartes carburant dérobées, 3 500 euros de retraits frauduleux. Chez Euromaster industriel, une centaine de pneus poids lourd ont disparu en une nuit : 50 000 euros de préjudice. Chez FRP, poseur de fermetures, c'est 750 litres de gasoil qui se sont évaporés. Chez Sofinther, le bardage arrière du bâtiment a été découpé pour une razzia sur les métaux, pour un préjudice d'environ 80 000 euros.
Richard Lefèbvre, qui siège aussi au bureau de l'association Dynapôle, connaît ces histoires par cœur. Elles remontent à chaque réunion, comme autant d'alertes : « Tous les mois, des intrusions dans toutes les entreprises. »
Des caméras, mais pas que
Les entreprises se sont équipées. Caméras, serrures renforcées, parkings vidés chaque soir. Mais les voleurs s'adaptent. Certaines serrures sécurisées à 600 euros ont été tronçonnées à la disqueuse. Les cambrioleurs repèrent les lieux en journée, identifient les angles morts, utilisent les arbres en bordure de clôture comme point d'appui. « On peut trouver toutes les solutions pour se protéger dans notre enceinte, mais moi ce que je demande, c'est qu'en dehors de nos clôtures il y ait une surveillance plus appuyée. »
C'est là qu'entre en jeu l'intelligence artificielle. Richard Lefèbvre défend depuis plusieurs mois l'idée de caméras intelligentes capables de lire les plaques d'immatriculation et de détecter les comportements suspects, une BMW qui tourne en rond à minuit dans une zone industrielle déserte, par exemple. « L'IA doit transmettre les éléments aux rondiers pour une intervention immédiate. On a les solutions techniques. Il faut maintenant qu'on s'en serve. »
Cette ambition rejoint le projet de loi RIPOST, pour Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l'Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité, présenté récemment par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. L'association Dynapôle s'est positionnée pour devenir site pilote.
Après les constats, les actes
Le 3 juin, une réunion avec le référent sûreté de la police nationale s'est tenue sur le Dynapôle. Un rendez-vous jugé « constructif » par les participants. Des visites individuelles d'entreprises sont programmées pour identifier les failles, à commencer par Bernard Trucks le 29 juin. Les rondes seront renforcées. Mais pour Richard Lefèbvre, ce n'est qu'un début.
En parallèle, un courrier recommandé va être adressé aux 360 directions du Dynapôle pour recenser l'ensemble des cambriolages subis sur les cinq dernières années : dates, natures des faits, montants des préjudices. « Rien que sur deux ou trois entreprises, on approche le million d'euros. Sur 360 sociétés, je pense que les chiffres vont donner le tournis. » L'objectif : peser davantage auprès des collectivités et faire remonter le dossier jusqu'au préfet, puis plus haut encore.
Car le patron de Bernard Trucks ne veut plus de consolation. « On en a soupé des constats. On n'a pas besoin d'être consolé, on a besoin de résultats. » Et d'avertir, lucide : si rien ne change, certaines entreprises finiront par quitter la zone. « Les gens sont dépités. Mais moi je vous garantis qu'on ne lâchera pas le morceau. »
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