Covid long : le CHRU de Nancy recrute des volontaires pour tester les bienfaits du thermalisme

InfosSanté

Des millions de Français vivent avec les séquelles durables du Covid-19. À Nancy, l'équipe du Professeure Gisèle Kanny parie sur les vertus de l'eau thermale pour soulager leurs symptômes, et cherche des volontaires pour le prouver scientifiquement.

Publié : 14h09 par
L'établissement Nancy-Thermal accueille le dispositif
L'établissement Nancy-Thermal accueille le dispositif
Crédit : Nancy-Thermal

La rédaction s’est entretenue avec la Pr Gisèle Kanny, investigatrice-coordinatrice de l’étude COVIDTHERM au CHRU de Nancy. Ses disciplines universitaires sont l'enseignement de l'hydrologie et la climatologie médicale, le thermalisme et le climatisme, l'influence de l'eau minérale naturelle et du climat sur la santé.

10 % des patients infectés par le Covid souffre encore

Le Grand Est a payé un lourd tribut à l'épidémie de Covid-19.

Aujourd'hui encore, environ 10 % des patients infectés continuent de souffrir de symptômes persistants, regroupés sous l'appellation de « Covid long » ou « syndrome post-Covid » : fatigue profonde, troubles cognitifs, essoufflements, douleurs musculosquelettiques.

Un quotidien souvent invalidant, pour lequel la médecine peine encore à proposer des réponses claires.

Une étude : COVIDTHERM

C'est précisément ce vide thérapeutique que l'étude clinique COVIDTHERM, portée par le CHRU de Nancy, entend combler — non pas en cherchant à comprendre pourquoi le Covid long s'installe, mais en cherchant à soigner.

« L'objectif est de voir si un traitement thermal améliore ces patients, et s'il y a une supériorité de ce type de traitement par rapport au traitement actuellement recommandé par la Haute Autorité de Santé », précise la Professeure Gisèle Kanny, investigatrice-coordinatrice de l'étude COVIDTHERM au CHRU de Nancy.

Le thermalisme, une piste sérieuse

Le raisonnement scientifique qui sous-tend COVIDTHERM repose sur une analogie clinique : les symptômes du Covid long ressemblent à ceux d'autres affections chroniques pour lesquelles la cure thermale a déjà montré son intérêt, comme la fibromyalgie, la fatigue chronique ou encore les troubles musculosquelettiques.

L'hypothèse est donc que l'environnement thermal, avec ses soins en eau minérale naturelle, pourrait constituer un cadre thérapeutique particulièrement adapté à ces patients.

L'étude est construite comme un essai contrôlé randomisé, le standard scientifique pour démontrer l'efficacité d'un traitement, comparant la réadaptation thermale à la réadaptation conventionnelle proposée en médecine de ville.

Qui peut participer ?

Critères d'inclusion

  • Être âgé de plus de 18 ans
  • Avoir présenté une infection Covid-19 attestée par un test biologique
  • Ne pas avoir été hospitalisé en soins intensifs lors de la phase aiguë
  • Présenter au moins deux symptômes persistants (fatigue, essoufflement ou troubles cognitifs) depuis plus de 3 mois

Deux protocoles, une seule ambition

Les participants sont répartis aléatoirement — sans que ni eux ni les médecins ne puissent influencer ce tirage — dans l'un des deux groupes suivants.

Protocole A : rééducation conventionnelle

Ce premier pan de l’étude consiste en 8 séances de kinésithérapie en cabinet libéral ou structure de soins, un jour sur deux, selon un protocole adapté au Covid long.

Protocole B : réadaptation thermale

Ce second protocole consiste en 8 séances d'hydrokinésithérapie et de soins hydrothermaux en eau minérale naturelle, un jour sur deux.

Les soins thermaux seront réalisés au sein de trois établissements de la région Grand Est : Nancy Thermal (Meurthe-et-Moselle) , Amnéville-les-Thermes (Moselle) et les thermes de Contrexéville (Vosges).

Le rythme d'une séance sur deux n'est pas anodin : il ménage un jour de récupération entre chaque séance, pour ne pas épuiser des patients dont la fatigabilité est la caractéristique première. Les kinésithérapeutes impliqués bénéficient d'une formation spécifique au Covid long, une pathologie trop récente pour avoir intégré les cursus universitaires classiques.

Un accompagnement psychologique pour tous les participants

Quel que soit le groupe, chaque volontaire bénéficie d'un bilan psychologique dès la première semaine, suivi d'une séance de téléconsultation hebdomadaire pendant sept semaines.

Les séances en visioconférence évitent des déplacements supplémentaires aux patients, déjà éprouvés par la fatigue.

Un suivi sur douze mois

Les trois semaines d'intervention ne constituent que le point de départ. Chaque participant est ensuite suivi sur un an — un horizon cohérent avec ce que l'on sait du thermalisme dans d'autres pathologies chroniques, où les effets se maintiennent souvent entre six et douze mois après la cure.

J1–J15 : 8 séances de soins, un jour sur deux

M1 : Consultation de suivi

M2 : Évaluation des symptômes

M6 : Bilan intermédiaire

M12 : Bilan final

À chaque étape, des questionnaires mesurent l'intensité des symptômes, la qualité de vie, la mobilité physique et l'état psychologique des participants. L'objectif, à terme, est de pouvoir plaider auprès de l'Assurance maladie pour une prise en charge de la cure thermale dans le cadre du Covid long — si les résultats le justifient.

Rejoindre l'étude : le recrutement est ouvert

Environ 75 personnes ont déjà rejoint COVIDTHERM. L'équipe cherche encore une centaine de volontaires supplémentaires, de préférence à proximité des établissements thermaux partenaires, pour limiter les trajets. Le recrutement se poursuit tout au long de l'été et de l'automne, les stations thermales étant fermées de novembre à mars, il est important de ne pas tarder.

Vous souffrez de Covid long ? Participez à l'étude COVIDTHERM en remplissant le formulaire en ligne. Votre participation contribue à ouvrir de nouvelles voies thérapeutiques pour des milliers de patients.

Accéder au formulaire ↗


La professeure Gisèle Kanny du CHRU de Nancy, investigatrice-coordinatrice de l'étude Covidtherm
La professeure Gisèle Kanny du CHRU de Nancy, investigatrice-coordinatrice de l'étude Covidtherm
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas
Explications de la Pr Gisèle Kanny du CHRU de Nancy
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas