EHPAD de Martigny-les-Bains : suspension de la fermeture provisoire

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La direction du Centre hospitalier de l'Ouest vosgien a suspendu son projet de fermeture provisoire de l'EHPAD de Martigny-les-Bains, après plusieurs jours de pression citoyenne, syndicale et politique.

Publié : 13h01 par
La fermeture de l'EHPAD de Martigny-les-Bains est suspendue
La fermeture de l'EHPAD de Martigny-les-Bains est suspendue. Crédits : Zoé Thomas - MLR

Un dénouement en demi-teinte, salué comme une victoire mais assorti de prudence, explique la mairie de la commune à travers un post sur les réseaux sociaux. Aucunes conditions n’ont été données pour l’heure concernant le maintien de l'ouverture de l'établissement. 

Un revirement après des jours d'incertitude

Le 30 avril, un Comité Social d'Établissement (CSE) exceptionnel s'est tenu au Centre hospitalier de l'Ouest vosgien. À l'ordre du jour : l'avenir d'un établissement fragilisé par un manque chronique de personnel soignant, et dont la direction avait annoncé la fermeture provisoire pour la période estivale.

À l'issue de ce conseil, la direction, représentée par son directeur par intérim, David Larivière, a fait volte-face. Le projet de fermeture est officiellement suspendu. Selon la CGT-CHOV, deux facteurs ont emporté la décision : le recrutement de nouvelles infirmières et la mobilisation des équipes déjà en place, qui ont permis d'envisager une continuité des soins sans transfert des résidents.

Le soulagement des résidents et des familles

La perspective d'un transfert forcé avait semé l'inquiétude parmi les aînés et leurs proches. Pour des personnes âgées en perte d'autonomie, quitter un établissement familier représente souvent un choc brutal aux conséquences médicales et psychologiques sérieuses.

L'annulation des transferts prévus est donc accueillie avec un immense soulagement. Résidents, familles, personnels soignants : tous échappent à une période de transition redoutée, que beaucoup jugeaient injuste et précipitée.

Une victoire syndicale et citoyenne

Les représentants syndicaux ont mené une analyse rigoureuse du dossier et porté la voix des personnels lors des négociations. La CGT-CHOV salue aujourd'hui une victoire du « syndicalisme de proposition et de vigilance », tout en rendant hommage aux élus locaux et aux citoyens mobilisés ces derniers jours.

La mairie de Martigny-les-Bains, de son côté, parle de « semi-victoire ». Dans un message adressé à la population sur le réseau social Facebook, elle a tenu à remercier toutes celles et ceux qui ont « partagé, soutenu, proposé leur aide », estimant que leur mobilisation avait eu « un impact réel ». La manifestation prévue ce mercredi a été annulée en conséquence.

David Larivière, directeur par intérim du CHOV
David Larivière, directeur par intérim du CHOV. Crédits : Zoé Thomas - MLR

Une situation encore fragile

Si le spectre de la fermeture s'éloigne, personne ne crie victoire trop fort. La mairie elle-même rappelle que « rien n'est encore définitivement réglé » et que la situation reste sous surveillance. La CGT s'engage à rester attentive aux conditions de travail et à la pérennisation des effectifs dans les mois à venir.

Le problème de fond — la difficulté à recruter et fidéliser du personnel soignant en milieu rural — n'a pas disparu avec cette suspension. L'établissement reste vulnérable à une nouvelle crise si les recrutements récents ne se confirment pas dans la durée.

Et maintenant ?

Une conférence de presse devrait être organisée prochainement par la direction du CHOV pour préciser les conditions de ce statu quo et les perspectives à moyen terme. Les acteurs locaux ont d'ores et déjà annoncé qu'ils resteraient « attentifs à l'évolution de la situation ».

Pour l'heure, une chose est certaine : à Martigny-les-Bains, le service public de santé a tenu bon — grâce à ceux qui refusaient de le laisser partir sans se battre.


Rappel du contexte

Mardi 28 avril, une conférence de presse réunissait la direction du Centre hospitalier de l'Ouest vosgien (CHOV) à l'EHPAD de Martigny-les-Bains pour expliquer les raisons d'une possible suspension d'activité estivale.

Le diagnostic était simple et brutal : quatre postes d'infirmières manquent à l'appel de juin à août, entre les établissements de Lamarche et Martigny qui mutualisent leurs effectifs. Trois départs simultanés — une retraite, un congé maternité, une disponibilité de droits — s'ajoutent à un poste déjà vacant, créant un déficit difficile à absorber en pleine période de congés.

Le directeur par intérim David Larivière résumait la situation sans détour : faute d'infirmières en nombre suffisant, la sécurité des résidents ne pouvait plus être garantie. Il soulignait au passage une réalité souvent oubliée : contrairement à un service hospitalier classique, un EHPAD ne peut pas « fermer des lits » et rouvrir après l'été. Ses résidents y vivent. Les déplacer n'est pas un ajustement logistique, c'est un bouleversement humain.

Une note d'espoir, néanmoins : une étudiante infirmière, qui sera potentiellement diplômée en septembre 2026, a accepté de rejoindre l'équipe à l'issue de ses études.

Du côté syndical, Éric Choeffel (CFDT-CHOV) replaçait la crise dans un contexte plus large : la pénurie de soignants en EHPAD n'est pas une nouveauté, mais elle frappe ici de plein fouet un établissement dont l'équipe infirmière ne compte que huit personnes. Perdre trois membres d'un coup, c'est perdre plus d'un tiers des effectifs.

Quant au maire Didier Humbert, en poste depuis 2014, il ne cachait pas son indignation : fermer un bâtiment flambant neuf et « déraciner une deuxième fois » des résidents déjà transplantés lui semblait proprement inconcevable. Il en a également profité pour lancer un appel à candidature : la commune recherche un médecin, logement à la clé, dans ce village de 850 habitants doté d'un parc thermal.

David Larivière et Didier Humbert lors de la conférence de presse
David Larivière et Didier Humbert lors de la conférence de presse. Crédits : Zoé Thomas - MLR