Grève à l'hôpital : la CGT Santé 54 tire la sonnette d'alarme
Salaires au plancher, point d'indice gelé, mutuelle repoussée : les agents de la fonction publique hospitalière de Meurthe-et-Moselle ont rejoint ce mercredi la grève nationale appelée par la CGT Santé et Action Sociale.
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La Fédération CGT Santé et Action Sociale appelait ce mercredi à une grève nationale de 24 heures. En Meurthe-et-Moselle, le syndicat a rejoint le mouvement, ciblant en priorité les revendications des agents de la fonction publique hospitalière. Emmanuel Flachat, secrétaire de la CGT Santé et Action Sociale 54, résume l'état d'esprit : « Le ministère et le gouvernement restent sourds aux revendications des agents de notre secteur. »
Des grilles salariales au plancher
Le chiffre est saisissant : 862 000 fonctionnaires des trois versants de la fonction publique se sont retrouvés momentanément rémunérés en dessous du SMIC, après sa revalorisation au 1er juin. Le gouvernement a dû verser une indemnité différentielle pour combler l'écart, un aveu en creux d'une situation devenue intenable.
C'est ce que le syndicat appelle le « tassement des grilles » : des niveaux de rémunération si bas que les agents doivent attendre des années, parfois des décennies, pour dépasser à peine le salaire minimum. Pour les agents de catégorie C (femmes de ménage, agents administratifs) il faut ainsi vingt ans de carrière pour franchir ce seuil. Les autres corps ne sont pas épargnés : neuf ans pour les ouvriers, sept ans pour les secrétaires médicales, six ans pour les aides-soignantes.
« On est dans un secteur où on a déjà des difficultés pour recruter et pour fidéliser les personnels », souligne Emmanuel Flachat, qui pointe une réalité sociale plus profonde : « On a du mal, dans notre société, sur les métiers à prédominance féminine, à mettre le paquet en termes salariaux. On a toujours eu ce sentiment d'être un peu délaissé. »
Le point d'indice gelé, la GIPA aussi
À ces grilles insuffisantes s'ajoute le gel du point d'indice et de la Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat (GIPA), ce mécanisme qui permettait par le passé de corriger partiellement les situations où les salaires n'évoluaient pas en lien avec l'inflation depuis plus de quatre ans. Résultat : face à la hausse du coût de l'énergie, des carburants et de l'alimentation, de nombreux agents se retrouvent dans des situations de grande précarité. « On a beaucoup de collègues qui vont régulièrement voir les assistantes sociales du personnel pour être aidés, qui font appel au CGOS pour essayer de sortir la tête de l'eau », témoigne le syndicaliste.
Sur la question des frais de déplacement, la réponse du gouvernement a été jugée dérisoire : une hausse d'un centime par kilomètre des indemnités kilométriques, actée dans un arrêté du 29 mai. « C'est notoirement insuffisant », tranche Emmanuel Flachat, d'autant que les employeurs publics, contrairement au secteur privé, ne sont pas autorisés à négocier des primes carburant avec les syndicats.
La mutuelle, le jour de carence, le 1er mai : les dossiers qui fâchent
Autre sujet d'irritation : la protection sociale complémentaire, l'équivalent d'une mutuelle employeur, vient d'être une nouvelle fois repoussée à septembre 2027 ou janvier 2028. « On a des collègues qui n'ont pas de mutuelle, avec le risque, en cas d'hospitalisation, que vous imaginez », alerte Emmanuel Flachat. Il défendait pourtant une alternative : l'extension du dispositif de soins gratuits ouvert aux fonctionnaires hospitaliers depuis 1986, très peu utilisé faute de volonté des établissements. Le gouvernement a écarté cette piste.
Le jour de carence et l'indemnisation à 90 % des arrêts maladie, y compris pour les femmes enceintes en arrêt précocement, sont vécus comme un « véritable scandale » par le syndicat. « On a des soignants qui s'épuisent à la tâche, des professionnels obligés de s'arrêter parce qu'ils sont enceintes, des collègues agressés à l'hôpital qui ne sont pas reconnus en accident du travail. Et on les pénalise en plus. C'est la double peine. »
Enfin, le 1er mai n'est toujours pas payé double dans la fonction publique, contrairement au secteur privé. Les interpellations adressées le 1er mai 2026 au ministère de la Santé, à l'ARS et aux parlementaires de Meurthe-et-Moselle sont restées sans réponse.
Des hôpitaux sous tension en Meurthe-et-Moselle
Localement, si la situation reste « un peu moins dégradée que dans d'autres régions », Emmanuel Flachat dresse un tableau préoccupant : turnover élevé, collectifs de travail déstabilisés, qualité et sécurité des prises en charge fragilisées. « On a des professionnels qui nous disent : si les conditions de travail et les salaires restent ce qu'ils sont, on quittera l'hôpital public. La mort dans l'âme, on le quittera. »
Ce mercredi, une délégation de la CGT Santé 54 est reçue à l'Agence Régionale de Santé pour porter ces revendications. Un rendez-vous salarial est par ailleurs fixé par le ministre de la Fonction publique début juillet. Pour le syndicat, l'objectif est clair : que le budget 2027 (PLF et PLFSS) intègre une revalorisation des budgets hospitaliers entre 7 et 10 %, contre les 3 à 4 % habituels. Sans quoi, prévient Emmanuel Flachat, « ce sont les fermetures de lits et le non-remplacement des professionnels qui serviront de variable d'ajustement ».
Une seconde mobilisation est d'ores et déjà prévue le 25 juin, cette fois pour les personnels du secteur social et médico-social, confrontés à des négociations tendues autour de la fusion de conventions collectives.
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