Grève chez les électriciens et gaziers : la CGT Énergie 88 mobilisée pour défendre le tarif agent

ÉconomieEnvironnementInfosSociété

À l'appel de l'intersyndicale, les électriciens et gaziers vosgiens ont eux aussi fait grève ce mardi, aux côtés de la mobilisation nationale.

Publié : 7h08 par
Grève chez les électriciens et gaziers : la CGT Énergie 88 mobilisée pour défendre le tarif agent
Grève chez les électriciens et gaziers : la CGT Énergie 88 mobilisée pour défendre le tarif agent
Crédit : Zoé Thomas - MLR

Comme partout en France, les agents d'EDF et des entreprises des industries électriques et gazières se sont massivement mis en grève hier. Au niveau national, la mobilisation a été qualifiée d'« historique » par la CFE-CGC, premier syndicat de l'entreprise, avec environ 59% des salariés d'EDF SA concernés à la mi-journée selon la direction. Un rassemblement intersyndical était prévu dans l'après-midi devant le ministère de l'Économie, à Paris, avant qu'une délégation ne soit reçue à Bercy. Policiers, étudiants et pêcheurs étaient également dans la rue hier, mais c'est bien le secteur de l'énergie qui a le plus mobilisé. Sur le site Enedis de Jeuxey, les taux de grévistes du jour s'élevaient à 92% chez Enedis Lorraine, 82,6% chez GRDF et 74,6% chez Natran (chiffre communiqué à 11h).

En cause, le tarif préférentiel dont bénéficient les salariés et les retraités d'EDF et de GDF depuis 1946. Le gouvernement songe à le rogner depuis début juillet, après avoir reçu une mise en demeure de la Cour des comptes. Dans les Vosges aussi, la contestation a été forte : une cinquantaine de salariés et d'anciens salariés du secteur se sont retrouvés devant le site Enedis de Jeuxey pour défendre cet acquis et dénoncer le risque d'une requalification fiscale. Un rapport de la Cour des comptes pointe le coût de ce tarif agent, un avantage qui existe depuis 1946, 80 ans cette année, rappelle la syndicaliste, et qui s'accompagne en réalité d'une fiscalisation. Selon elle, sa remise en cause représenterait, pour les agents, l'équivalent d'une perte d'un salaire.

Sabrina Monblachon, secrétaire générale du syndicat CGT Énergie 88
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas

Hervé Pillaire, secrétaire adjoint du syndicat, avance de son côté des chiffres plus précis sur l'ampleur du dossier. Il évoque un manque à gagner de l'ordre de 700 millions à 1 milliard d'euros, une somme qui, selon lui, ne serait pas supportée par la seule EDF mais par l'ensemble des quelque 180 entreprises des industries électriques et gazières, nationalisées ou non. Un montant qui ne ferait baisser les factures des usagers que de 0,7% s'il était supprimé.

Hervé Pillaire, secrétaire adjoint du syndicat
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas

Les deux syndicalistes défendent une même revendication de fond : la création d'un pôle public de l'énergie, qui serait géré selon Sabrina Monblachon par un ensemble d'entreprises produisant, transportant, distribuant et commercialisant électricité et gaz : « une véritable avancée pour nos usagers », selon elle. Hervé Pillaire détaille ce que réclame le syndicat. Il réclame un « nouveau plan progressiste de l'énergie » pour revenir à des coûts de production plus justes, alors que la précarité énergétique toucherait selon lui plus de 6 millions de foyers en France. Pour expliquer la flambée des prix de l'électricité, il pointe le fonctionnement du marché européen, où le prix est fixé sur l'énergie la plus chère à produire — le gaz, dont le coût s'est envolé depuis la guerre en Ukraine, alors que la France bénéficie historiquement d'une électricité nucléaire moins onéreuse. Il dénonce également l'obligation faite à EDF, depuis la loi Nome de 2010, de vendre une partie de sa production nucléaire à ses concurrents en dessous de son prix de revient.

Hervé Pillaire, secrétaire adjoint du syndicat
Hervé Pillaire, secrétaire adjoint du syndicat
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas

Les deux responsables syndicaux insistent enfin sur l'attractivité des métiers du secteur, malgré des salaires qu'ils jugent non exceptionnels : astreintes de nuit, interventions par tous les temps, y compris lors de tempêtes comme celle de 1999, où certains usagers étaient restés plusieurs jours sans électricité. 

Une délégation des quatre organisations syndicales était reçue à 15 heures à Bercy. « Pour la FNME-CGT, c'est non négociable, notre tarif agent, on y tient, on le garde et on le veut », avait conclu Sabrina Monblachon avant cette rencontre. De son côté, Hervé Pillaire a indiqué que le syndicat restait prudent, évoquant la possibilité de rejoindre le mouvement prévu le 29 septembre dans la fonction publique si les réponses du ministère n'étaient pas satisfaisantes.

De son côté, la ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon assure qu'il n'est pas question de supprimer le tarif agent. Pour le gouvernement, le débat porte uniquement sur son niveau de fiscalisation.