Jardin du Michel : la suspension de subvention par la région relance le débat sur la liberté artistique

CultureInfos

Publié : 10 février 2026 à 8h18 par
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La décision de la Région Grand Est de suspendre la subvention destinée au festival Le Jardin du Michel (JDM) a provoqué une onde de choc dans le milieu culturel et au sein de l’organisation du festival. Cette suspension, motivée par la programmation du groupe de rap Sniper, soulève une question centrale : quelle place pour la liberté artistique face à la pression politique ?

Une pression politique dénoncée

Pour Bertrand Masson, Conseiller régional de gauche, cette décision est incompréhensible et préoccupante. « À quelques heures du vote de la subvention, la majorité du conseil régional a décidé de suspendre le vote de cette aide, uniquement suite à un tweet de Laurent Jacobelli, président du groupe Rassemblement national au Conseil régional », explique-t-il. Il rappelle que les paroles reprochées à Sniper datent de plus de vingt ans et ont été relaxées par la justice à plusieurs reprises, y compris en appel et par la Cour de cassation.

« Jusque-là, la Région avait toujours fait prévaloir le droit, la liberté de création et la liberté de programmation. Cette fois, la pression a trouvé un écho favorable, et je le regrette vivement », poursuit-il. Selon lui, cette décision fragilise non seulement l’organisation du festival, mais envoie également un signal inquiétant à l’ensemble des programmateurs et tourneurs : la peur de la polémique pourrait désormais guider certains choix artistiques. « Demain, des programmateurs pourraient s’auto-censurer, se dire qu’ils ne peuvent plus inviter tel ou tel artiste. C’est une atteinte à la liberté de création, et ça dépasse largement le cas du JDM », avertit Bertrand Masson.

Le festival reste déterminé à maintenir sa programmation

Du côté de l’organisation, Cindy Dodin, directrice adjointe et programmatrice du JDM, se veut confiante mais lucide sur la situation. « Nous avons appris la suspension le jour même de la commission permanente du 30 janvier. Les élus se sont montrés rassurants par la suite, mais sur le moment, nous avons été surpris », raconte-t-elle.

Malgré ce report et les incertitudes financières que cela engendre – près de 94 000 euros suspendus –, le festival a choisi de maintenir Sniper dans sa programmation. « Sniper a toute sa place dans notre festival, il n’y a absolument rien qui peut être reproché à l’artiste. C’est au préfet de décider, mais de notre côté, nous ne retirerons pas le groupe », insiste-t-elle.

Cindy Dodin souligne également l’importance de défendre les valeurs du festival. « Le JDM défend la liberté, l’égalité et la fraternité. Nous voulons pouvoir répondre aux attentes de notre public et diffuser la musique qui lui correspond, sans subir de pressions politiques », précise-t-elle.

Le soutien d’élus et de la société civile

Cette polémique dépasse les frontières du festival. La sénatrice de Meurthe-et-Moselle, Silvana Silvani, a adressé une lettre au président du conseil régional pour dénoncer la suspension. Elle y rappelle que la loi de 2016 protège la liberté de création et que la suspension, décidée sans vote en commission permanente et sans consultation des organisateurs, fragilise inutilement l’organisation de l’événement. « Fragiliser un tel événement serait dommageable, alors que le festival contribue depuis plus de vingt ans à la vitalité culturelle, touristique et économique du territoire », écrit-elle.

Une affaire révélatrice d’enjeux plus larges

Au-delà de l’impact immédiat sur le festival, cette suspension illustre les tensions entre pouvoir politique et liberté culturelle. Pour Bertrand Masson, « c’est justement quand la pression est forte qu’il faut tenir bon sur les fondamentaux ». Et Cindy Dodin d’ajouter : « Nous voulons simplement pouvoir travailler dans le cadre de la loi, défendre notre programmation et garantir à notre public un festival fidèle à son identité ».

Alors que l’édition 2026 du Jardin du Michel approche à grands pas, tous les acteurs du festival restent mobilisés pour défendre la liberté artistique et la continuité de cet événement majeur du territoire lorrain. Le verdict du préfet sur la subvention est attendu dans les prochains jours, mais pour les organisateurs et leurs soutiens, le message est clair : la culture et la liberté de programmation ne doivent pas céder face à la pression politique.

Bertrand Masson parle d’une remise en cause de la liberté de création
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang
Pour Bertrand Masson, cela risque d’avoir des conséquences bien au-delà du seul festival toulois
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Une suspension qui mettrait à mal l'équilibre financier du festival, selon Cindy Dodin
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang