Parisot Industrie en sursis : près de 900 emplois en France suspendus à la décision d'un tribunal
Cessation de paiement, redressement judiciaire, rapport économique catastrophique… Le groupe spécialisé dans le meuble traverse la plus grave crise de son histoire. L'audience au tribunal de commerce de Tourcoing est fixée au 8 juin.
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Une spirale qui mène à la cessation de paiement
Mardi 2 juin 2026, la direction de Parisot Industrie a convoqué l'ensemble des salariés des sites de Mattaincourt (Vosges) et de Saint-Loup-sur-Semouse (Haute-Saône) pour leur annoncer une nouvelle accablante : l'entreprise est en cessation de paiement et a déposé une demande d'ouverture de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Lille.
Une audience décisive est programmée le lundi 8 juin à 14h30 au tribunal de commerce de Tourcoing.
Le scénario est celui que redoutaient depuis des mois les représentants syndicaux : une chute brutale des commandes (et une situation « mal-gérée » par la direction selon l’intersyndicale depuis plusieurs années), qui a asséché la trésorerie, empêché les approvisionnements, réduit la production à la portion congrue, jusqu'à rendre impossible le règlement des fournisseurs et des créanciers.
« On n'a plus de quoi produire, on produit beaucoup moins, on produit dans l'urgence et il y a un moment où on n'arrive plus à payer », résume Sébastien Pierson, délégué syndical Force Ouvrière (FO) sur le site de Mattaincourt.
L'intégration de CBA Meubles, facteur aggravant
La situation s'est encore compliquée au 1er mars 2026 avec l'intégration de CBA Meubles, société implantée à Perronchy, près de Lille, au sein du groupe P3G Parisot. Cette opération, menée via le groupe Safari en échange de 20 % des parts en actions et d'un apport de dix millions d'euros en numéraire, devait renforcer le groupe sur l'export grâce à la plateforme logistique de CBA.
Elle a, au contraire, amplifié les dettes d'un groupe déjà fragilisé. C'est d'ailleurs parce que CBA Meubles a été la première entité du groupe placée en redressement judiciaire, le 26 mai 2026, que le tribunal de Lille est désormais compétent pour statuer sur l'ensemble du groupe.
« Une entreprise qui n'investit pas est une entreprise qui meurt. Dans notre cas, ça n'a pas été investi depuis deux décennies », fustige Heroïne Fabert, délégué syndical CGT sur le site de Mattaincourt et secrétaire du CSE central Parisot Industrie pour les sites vosgiens et haut-saônois.
Des crises mondiales et des choix stratégiques contestés
Pour expliquer l'effondrement, les syndicats pointent une conjonction de facteurs externes : la crise du Covid, puis celle liée au conflit en Ukraine, l'inflation galopante, et plus récemment la crise au Moyen-Orient.
Autant de chocs qui ont conduit les consommateurs à concentrer leurs dépenses sur l'alimentation et l'énergie, reléguant l'achat de mobilier au rang d'achat superflu. Le marché du meuble s'est effondré.
Mais les représentants du personnel ne s'en tiennent pas aux seules explications conjoncturelles.
Depuis trois ans et demi, soulignent-ils, la direction a accumulé les mauvais choix stratégiques : sous-investissement chronique, outil industriel vieillissant, réductions de coûts qui ont laminé les compétences et les moyens de production.
Pendant que Parisot se désinvestissait, ses concurrents — dont Aldapens est cité — investissaient massivement et récupéraient des parts de marché. Le cabinet comptable 3E, mandaté par le CSE central en mars 2026, a confirmé ce diagnostic dans un rapport qualifié d'« abyssal » : des dettes se chiffrant en dizaines de millions d'euros.
Les syndicats avaient tiré la sonnette d'alarme
Face à la dégradation de la situation, l'intersyndical CGT-FO n'est pas resté les bras croisés.
Dès le 29 mai, une première mobilisation avait été annoncée devant le site de Mattaincourt, au 73 avenue du Général-Leclerc, en présence d'élus locaux et du corps préfectoral, puis annulée.
Depuis deux mois, les syndicats ont alerté les élus des communes de Mattaincourt, Mirecourt et Dompaire.
Une quinzaine de jours avant l'annonce officielle, le CSE central avait formellement déclenché le droit d'alerte économique, mécanisme légal permettant d'interpeller la direction sur la situation financière de l'entreprise.
416 emplois sur le fil, une mobilisation maintenue le 9 juin
Ce sont au total 416 emplois qui sont directement concernés sur les sites vosgiens et haut-saônois : 134 salariés à Mattaincourt et 282 à Saint-Loup-sur-Semouse, auxquels s'ajoutent les quelque 392 employés du site de Lille.
La décision du tribunal, lundi 8 juin, pourra prendre deux formes radicalement différentes : un redressement judiciaire, qui implique un plan de restructuration et vraisemblablement des licenciements, ou une liquidation judiciaire, synonyme de fermeture pure et simple.
En attendant ce verdict, l'intersyndical CGT-FO maintient la mobilisation prévue le 9 juin, de 12h30 à 13h30, devant le site de Mattaincourt. « Notre rôle, c'est de défendre l'emploi, pas d'accompagner », ont martelé les délégués Sébastien Pierson (FO) et Heroïne Fabert (CGT), qui appellent élus et habitants à se joindre au rassemblement.
Au-delà du sort de l'entreprise, c'est un savoir-faire industriel ancré dans les Vosges depuis des décennies qui risque de disparaître — nouvel épisode d'un recul de l'industrie française que les syndicats dénoncent avec amertume, à l'heure où le discours politique sur la réindustrialisation reste, selon eux, lettre morte.
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