Peltex Industrie placé en redressement judiciaire : « On se bat pour trouver des solutions »

ÉconomieEmploiInfosVie locale

Dernier producteur français de fausse fourrure, Peltex Industrie a été placé en redressement judiciaire le 5 mai par le tribunal de commerce d'Épinal.

Publié : 11h20 par
Peltex Industrie placé en redressement judiciaire : « On se bat pour trouver des solutions »

Nichée dans les Vosges, à Sainte-Marguerite, l'usine Peltex Industrie perpétue depuis plus de soixante ans un savoir-faire textile rare : la fabrication de fausse fourrure. Dernier producteur français du genre, l'entreprise vient d'être placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce d'Épinal le 5 mai dernier. Son dirigeant, Vincent Perry, a accepté de répondre à nos questions.

Un fleuron vosgien fragilisé

Fondée en 1954 et implantée dans les Vosges depuis 1961, Peltex Industrie a connu des heures bien plus fastes. Dans les années 1970, l'usine employait jusqu'à 700 salariés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 15, pour un chiffre d'affaires d'un peu plus d'un million d'euros en 2024. « Ça fait une grosse année que c'est compliqué », reconnaît Vincent Perry avec une sobriété qui dit beaucoup.

La société, labellisée Entreprise du patrimoine vivant et Vosges Terre Textile, un gage de production 100 % française, fabrique principalement des tapis pour animaux, notamment pour les chiens. Un marché qui a souffert de plein fouet des arbitrages budgétaires des ménages. « On a subi la baisse de la demande. Les gens ont d'abord réduit l'achat de nourriture pour animaux, alors l'accessoire a suivi », explique le dirigeant.

Un effet ciseau fatal

À cette contraction de la demande s'est ajoutée une pression sur les coûts. La hausse des prix des matières premières, liées au pétrole, dans un contexte de tensions au Moyen-Orient, et l'envolée des frais d'expédition pour des produits volumineux ont achevé de fragiliser l'équilibre financier de l'entreprise. « Le plus lourd, c'est la hausse des matières premières », tranche Vincent Perry.

Résultat : le placement en redressement judiciaire le 5 mai. La procédure est ouverte pour six mois, jusqu'à octobre. Un premier point d'avancement est attendu le 30 juin devant le tribunal, portant sur la trésorerie et le carnet de commandes. « Pour le moment, c'est plutôt favorable », glisse le patron, sans cacher un certain soulagement.

Les clients du luxe jouent le jeu

Car depuis l'annonce du redressement, la mobilisation des partenaires commerciaux (Peltex travaille pour de grands noms du secteur du luxe) a été inattendue. « Nos clients sont plutôt prêts à nous aider. Ils ont même passé plus de commandes depuis l'annonce », confie Vincent Perry. Un signal fort, qui témoigne de la valeur que ces donneurs d'ordre accordent à ce fournisseur unique sur le territoire français.

Pivoter vers la fourrure végétale

Au-delà de la gestion immédiate de la crise, c'est sur de nouveaux marchés que Peltex entend miser. L'entreprise vosgienne développe en effet une gamme de fourrures à base de fibres de laine, avant de s'attaquer à la fourrure végétale, à base de chanvre notamment. « C'est un pivot stratégique », insiste Vincent Perry. « Aujourd'hui, on nous demande de la traçabilité sur l'origine des fourrures. Le fait de tout produire dans les Vosges garantit que c'est 100 % français. Et les matières naturelles, c'est une démarche éco-responsable. Il y a une vraie demande là-dessus. »

Peltex fait partie des rares entreprises au monde à produire de la fourrure végétale. Mais l'industrialisation de cette filière reste balbutiante. « On en est au début. On a encore besoin de moyens », admet le dirigeant, qui n'exclut pas d'accueillir des investisseurs. « On est ouverts à tout. »

« Un crève-cœur, mais on se bat »

Diriger une maison qui comptait 700 salariés et n'en emploie plus que 15, tout en faisant face à un redressement judiciaire, n'est pas sans peser. « C'est forcément un crève-cœur », lâche sobrement Vincent Perry. Mais l'homme ne se résigne pas. Dans un secteur textile vosgien qui a payé un lourd tribut à la désindustrialisation, Peltex Industrie incarne encore une forme de résistance et peut-être, si les conditions s'y prêtent, une renaissance.

Vincent Perry pourtant espoir
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang