Travaux publics : la filière redoute 1 000 emplois détruits en Lorraine d’ici fin 2027
Commandes en chute libre, collectivités attentistes, coûts en hausse : la Fédération des Travaux Publics de Lorraine tire la sonnette d’alarme.
/t:r(unknown)/fit-in/1100x2000/filters:format(webp)/medias/Ufhbm7hWrE/image/pexels_thomas_fuhrmann_2154366194_334848831791806486891.jpg)
Son président, Thierry Ledrich, également à la tête de la Fédération régionale du Grand Est, détaille une situation qu’il juge « exceptionnellement grave » et appelle les pouvoirs publics à réagir avant que l’emploi ne décroche.
Ces propos ont été recueillis par la rédaction à la suite de la conférence de presse d’Alain Grizaud, président de la Fédération nationale des Travaux Publics, donnée le mardi 6 octobre, dans le cadre du projet de mesures du PLF 2027.
Des carnets de commandes en chute de 25 %
Quelle est la nature de la crise que traverse la filière ?
Thierry Ledrich : Nous sommes en train de revivre, d’une certaine manière, la crise de 2014-2016.
Les carnets de commandes ont reculé de 25 % sur les sept premiers mois de l’année, et les appels d’offres sont eux aussi en forte baisse.
On s’achemine vers une baisse d’activité de près de 10 % à la fin de l’année. Les conséquences sont très dommageables, avec vraisemblablement une destruction de l’emploi d’ici la fin de l’année prochaine.
Un secteur suspendu à la commande publique
Comment expliquez-vous ce décrochage ?
T. L. : C’est lié à l’essence même des travaux publics : notre commande, c’est de la commande publique, qui dépend à plus de 60 % des collectivités locales, communes, intercommunalités et syndicats.
Or, nous sommes dans un creux de mandat électoral : les élections ont eu lieu, mais les projets ne sont pas repartis. À cela s’ajoutent le stress géopolitique et le problème budgétaire, avec l’annonce d’une baisse des dotations aux communes.
Tout cela provoque un écroulement du lancement des appels d’offres : selon les départements, on varie entre moins 15 % et moins 25 %.
L’attentisme, entre municipales et présidentielle
L’élection présidentielle va-t-elle aggraver la situation ?
T. L. : C’est un problème d’attentisme. Les nouveaux élus municipaux ne sont toujours pas en rythme de croisière : ils sont encore dans une démarche postélectorale, avec des audits et des attentes. Ils attendent aussi de savoir à quelle sauce ils vont être mangés avec la prochaine loi de programmation financière.
Il existe par ailleurs un risque non nul de censure ou de loi d’exception, qui permettrait d’assurer la continuité de l’État sans débloquer les budgets nécessaires avant la présidentielle et la mise en place de nouvelles assemblées.
Il y a donc de fortes chances qu’il se passe peu de choses au moins jusqu’à l’automne prochain. Nous n’y sommes pas encore : nous voulons faire du préventif plutôt que du curatif. Mais au vu des signaux faibles remontés par mes adhérents, nous alertons pour que des mesures soient prises.
Sur le terrain : plus un coup de fil, des emplois menacés
Comment cette crise se traduit-elle concrètement ?
T. L. : Certaines entreprises, comme des locatiers (NDLR : loueurs d’engin), me disent n’avoir reçu ni appel ni demande de devis depuis la fin de l’été.
Côté emploi, les entreprises ont d’abord arrêté les contrats d’intérim, puis les contrats à durée de chantier.
Elles commencent maintenant à regarder les « derniers arrivés » pour envisager des licenciements sur des CDI.
Elles se renseignent aussi sur la mise en place d’activité partielle, qui pourrait concerner plus de 20 % de leurs effectifs globaux.
Plus de 1 000 emplois menacés en Lorraine
C’est tout un tissu économique qui est en péril en fin de compte…
T. L. : Le problème se retrouve dans toutes les régions, comme l’a rappelé hier (NDLR : le 6 octobre dernier) notre président national.
En Lorraine, les travaux publics représentent 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 12 500 collaborateurs.
Si l’on prend les mêmes effets que lors de la crise de 2014-2016, en partant du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets, c’est plus de 1 000 emplois détruits d’ici la fin de l’année prochaine.
« Ce n’est pas le problème des autres, c’est celui de la nation »
Quel impact à cette crise sur le quotidien des citoyens ?
T. L. : On peut être tenté de dire que c’est le problème des travaux publics, dans leur coin. Mais ce sont eux qui permettent à tout le monde de vivre correctement.
Sans travaux publics, plus d’eau au robinet, plus d’électricité, plus de téléphone, plus de mobilité pour aller travailler ou se rendre à l’hôpital. C’est un enjeu stratégique, sur les réseaux, sur l’eau, sur les mobilités.
Il faut prendre conscience que nous sommes en train de nous déclasser : nous sommes passés de la première à la 18e place pour l’entretien des routes.
Nous hypothéquons l’avenir et nous amplifions cette fameuse « dette grise » : en repoussant l’entretien, on le rend beaucoup plus coûteux pour les générations futures. C’est totalement contre-productif, une économie de bout de chandelle qui sera payée dix fois demain.
Le bloc communal, premier client
Quelles mesures attendez-vous de l’État ?
T. L. : Il faut d’abord comprendre que l’État n’est pas notre client : il pèse 2 ou 3 % de la commande. Notre client, c’est le bloc communal, qui représente 60 % de la commande publique, puis les départements et, particularité du Grand Est, la Région, qui a repris les routes depuis le 1er janvier 2025.
Nous demandons, sous l’égide de l’État et avec l’appui des préfectures, la mise en place d’observatoires et de lieux de dialogue pour identifier les points de blocage.
Certaines communes sont très peu endettées et disposent de ressources, mais ne savent pas forcément comment les dépenser : avec la complexité normative et celle de la réalisation des travaux, certains clients ne sont tout simplement pas en capacité de passer des marchés de travaux publics. Il faut les accompagner.
Dans d’autres cas, il faut poser la question de la réallocation budgétaire. Est-ce qu’on a envie que demain il n’y ait plus d’eau ou d’électricité ?
On annonce l’électrification des voitures, des investissements sur l’eau, la transition écologique, la réindustrialisation… Il faut mettre les actes en face des discours prononcés. Dans les faits, aujourd’hui, les budgets ne sont pas là pour pouvoir répondre à ce besoin sans cesse grandissant.
Programmer, engager, payer
Comment s’articule votre action ?
T. L. : J’ai résumé notre action en trois point.
Le premier, c’est programmer, en rendant visible la trajectoire pluriannuelle, même si elle est révisable. Nous avons besoin de visibilité : sans elle, on devient anxieux, et c’est contre-productif.
Le deuxième point, c’est lancer les opérations qui sont prêtes, financées ou finançables. Si un projet ne peut pas démarrer en l’état, il faut envisager un phasage, un allotissement ou une nouvelle programmation. Tout vaut mieux que l’incertitude.
Le dernier point consiste à payer rapidement, respecter les délais, accélérer les validations, avec des formules de révision qui tiennent compte de la hausse des prix.
Pendant plus de quatre ans, le coût de production n’a quasiment pas augmenté ; aujourd’hui, nous avons pris 7 % d’augmentation des coûts de construction depuis le début de l’année.
Le GNR, le gazole non routier utilisé par nos engins, en est un exemple : on nous reconnaît comme stratégiques puisque nous bénéficions d’une aide de 20 centimes. C’est un appel à la prise de conscience pour réussir à aller de l’avant.
À propos de la Fédération des Travaux Publics de Lorraine
La Fédération regroupe 380 entreprises et agences, employant 12 500 salariés. Sa vocation est d’accompagner chacune des entreprises et de pérenniser leur positionnement en tant qu’acteurs du développement économique, au service des infrastructures et du territoire sur lequel elles sont implantées.
/t:r(unknown)/fit-in/300x2000/filters:format(webp)/filters:quality(100)/radios/magnum/images/logo_USmShS5Cv1.png)
/t:r(unknown)/filters:format(webp)/radios/magnum/images/logo_USmShS5Cv1.png)
/t:r(unknown)/fit-in/400x300/filters:format(webp)/medias/Ufhbm7hWrE/image/650200128_122265481970142339_3226158529316592049_n1791560569756.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x300/filters:format(webp)/medias/Ufhbm7hWrE/image/Camion_2_copie1791549356597.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x300/filters:format(webp)/medias/Ufhbm7hWrE/image/839932811_1126856866665206_103684043443296296_n1791534088937.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x300/filters:format(webp)/medias/Ufhbm7hWrE/image/images__28_1791519970320.jpg)
/t:r(unknown)/fit-in/400x300/filters:format(webp)/medias/Ufhbm7hWrE/image/838967963_922726157375893_1837510490150184929_n1791519826903.jpg)