Budget 2027 : Lecornu dévoile son plan à 54 milliards d'euros d'économies

ÉconomieInfos

Un effort de 54 milliards d'euros, entre gel du point d'indice des fonctionnaires, délai de carence sur certaines allocations aux étrangers et pistes de gel des APL, sans hausse d'impôts ni recours au 49.3.

Publié : 6h45 par
Budget 2027 : Lecornu dévoile son plan à 54 milliards d'euros d'économies
Crédit : AFP - Ludovic Marin

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté jeudi 17 septembre, dans un entretien au Figaro, les grandes lignes de son budget 2027. Objectif affiché : un effort de 54 milliards d'euros pour ramener le déficit à 5 % du PIB, sans recourir au 49.3 ni aux ordonnances, à condition qu'il n'y ait pas d'obstruction parlementaire de la part de La France insoumise. Le texte doit être transmis au Haut Conseil des finances publiques ce week-end, avant un passage en Conseil des ministres le 1er octobre, puis un examen à l'Assemblée nationale à la mi-octobre.

Retraités : un effort contenu, mais des pensions gelées pour les plus aisés

L'effort demandé aux retraités restera inférieur à 6 milliards d'euros. Les modalités exactes (désindexation par rapport à l'inflation ou suppression d'un abattement) seront tranchées au Parlement. Sébastien Lecornu assure qu'aucune pension ne baissera, tout en évoquant un gel des pensions les plus élevées. Il conteste l'idée que les retraités seraient les seuls mis à contribution.

Vers un gel possible des APL

Le Premier ministre écarte une "année blanche" totale sur les prestations sociales et dit vouloir préserver le minimum vieillesse, l'AAH, le RSA et les petites pensions. En revanche, un gel des APL est envisagé.

Un délai de carence pour certaines allocations aux étrangers

Le gouvernement prévoit d'instaurer un délai de carence pour le versement de certaines allocations non contributives, c'est-à-dire non liées au travail, versées aux étrangers arrivés légalement en France. Lecornu justifie la mesure par un alignement avec le délai de carence appliqué aux Français revenant de l'étranger, la qualifiant de "bon sens" tout en anticipant les critiques venues de tous les bords politiques.

Un budget de l'État "gelé en valeur"

Hors charge de la dette et hausse du budget des Armées, les dépenses de l'État seraient gelées en 2027. Le ministère des Armées verra tout de même son budget augmenter de 6,4 milliards d'euros, conformément à la trajectoire prévue. La Justice, l'Intérieur, la Recherche et l'Écologie bénéficieraient aussi de crédits en hausse, tandis que le ministère du Travail devrait réaliser 2,5 milliards d'euros d'économies, notamment via une réduction des dispositifs hérités du Covid et un meilleur ciblage du compte personnel de formation (CPF).

Point d'indice des fonctionnaires gelé

Le gel du point d'indice, qui touche aussi les collectivités territoriales, doit permettre de dégager 2 milliards d'euros. Des discussions avec les syndicats sont annoncées pour protéger les agents aux salaires les plus bas de l'inflation. La hausse des dépenses de fonctionnement des collectivités ne devra pas dépasser l'inflation.

Cabinets ministériels et rémunérations

Les cabinets ministériels seront eux aussi mis à contribution, via une compression de leurs enveloppes globales, sans que le Premier ministre n'ait détaillé davantage ce point à ce stade.

Économies sociales : arrêts maladie, ruptures conventionnelles, fraude

Le gouvernement vise environ 2 milliards d'euros d'économies sur les arrêts maladie. Une réforme des ruptures conventionnelles doit rapporter 100 millions d'euros dès l'an prochain, puis 800 millions en rythme de croisière. La lutte contre la fraude fiscale et sociale, renforcée par l'intelligence artificielle, doit générer un milliard d'euros supplémentaire.

Pas de hausse d'impôts, surtaxe allégée pour les grandes entreprises

Fidèle à son objectif de "stabilité fiscale", Lecornu exclut un gel du barème de l'impôt sur le revenu. La surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises sera réduite : les entreprises de taille intermédiaire (ETI) en seraient exclues, ramenant son rendement à 5 milliards d'euros contre 8 milliards actuellement. Une décision justifiée par la volonté de rassurer les investisseurs et de soutenir la croissance.

Aides aux familles et natalité

Le Premier ministre plaide pour un recentrage de l'allocation de rentrée scolaire, jugeant que l'ensemble des aides existantes ne constitue pas nécessairement "une politique familiale efficace". Il annonce en contrepartie la création d'un prêt à taux zéro "natalité", destiné à faciliter l'accès à la propriété pour les familles.

Niches fiscales : le pacte Dutreil préservé, un pacte "Papin" en préparation

Certaines niches, comme celle des services à la personne, seraient sanctuarisées, d'autres pourraient être révisées, notamment une possible fiscalisation des indemnités liées aux arrêts de travail, pour financer l'Assurance maladie. Le pacte Dutreil, qui allège la fiscalité de la transmission des entreprises familiales, est maintenu. Le gouvernement prépare en parallèle un nouveau dispositif, le pacte "Papin", pour faciliter la transmission des entreprises aux salariés.