Maladie d'Alzheimer : 50 000 volontaires recherchés pour une étude inédite
Installée à Huningue, l'entreprise Firalis lance une étude clinique de cinq ans pour mieux cerner le risque génétique de la maladie d'Alzheimer, et recherche 50 000 volontaires de plus de 45 ans à travers la France.
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Installée à Huningue (Haut-Rhin), l'entreprise de biotechnologie Firalis a lancé le 10 septembre son étude clinique ALZEVIT, avec l'ambition de recruter 50 000 volontaires en France pour mieux cerner le risque génétique de la maladie d'Alzheimer. Présentée à la Maison de l'Alsace à Paris, l'étude doit s'étaler sur cinq ans et constitue, selon ses porteurs, la plus vaste jamais menée sur cette pathologie.
Une maladie en forte progression
Plus de 8 % des Français de 65 ans et plus sont touchés par la maladie d'Alzheimer, qui concerne aujourd'hui environ 1,2 million de personnes dans le pays, avec 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. À l'échelle mondiale, 47 millions de personnes sont atteintes, un chiffre qui pourrait tripler d'ici 2050 avec le vieillissement de la population.
Le gène ApoE4, facteur de risque majeur
L'étude cible en particulier le gène de l'apolipoprotéine E (ApoE), dont l'allèle 4 (ApoE4) est identifié comme un facteur de risque majeur de la maladie. Si seulement 1 à 2 % de la population générale sont porteurs de deux copies de cet allèle, cette proportion grimpe fortement chez les patients Alzheimer : environ 65 % d'entre eux possèdent au moins un allèle ApoE4, et près de 20 % en possèdent deux. Audrey Gabelle, neurologue au CHU de Montpellier et investigatrice principale de l'étude, souligne qu'il était temps de s'attaquer à la prévention à grande échelle sur ce facteur de risque connu depuis des années.
Un test salivaire simple, à faire chez soi
Concrètement, les volontaires s'inscrivent en ligne et reçoivent un kit d'autoprélèvement à domicile, renvoyé ensuite gratuitement par courrier, une démarche que l'un des scientifiques de Firalis compare à la simplicité des tests Covid, à ceci près que le prélèvement se fait par la bouche. Le test, baptisé APO-Easy®, repose sur une PCR ne nécessitant qu'un microlitre de salive ou de sang, sans extraction d'ADN, pour un résultat obtenu en une heure et demie. Les échantillons sont ensuite conservés de façon anonymisée dans la biobanque de l'entreprise, à -80°C.
Trois phases sur cinq ans
L'étude se décompose en trois étapes. La phase A, actuellement en cours de recrutement, doit inclure 50 000 volontaires de 45 ans ou plus en dix-huit mois, afin d'établir la distribution des variants ApoE dans la population française : il faut, pour y participer, être au moins un peu préoccupé par ses capacités de mémoire ou avoir un antécédent familial. Selon les estimations de Firalis, environ 1,5 % des participants se révéleront porteurs de la variante à risque la plus élevée, soit 700 à 800 personnes, qui feront l'objet d'un profilage approfondi en centre mémoire lors de la phase B (2 350 participants au total). La phase C prévoit un suivi longitudinal de long terme, avec la constitution d'une cohorte mobilisable pour de futurs essais de prévention personnalisée.
Un enjeu économique et industriel
Le budget total de l'étude est évalué à 60 millions d'euros, dont un tiers financé par Firalis. L'entreprise, fondée en 2008 par Hüseyin Firat, emploie près de 70 salariés dont une quarantaine de chercheurs et a réalisé 12 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025. Elle doit par ailleurs inaugurer d'ici un mois de nouveaux locaux de 4 100 m² à Huningue, comprenant un centre de production de kits de diagnostic, pour un investissement de près de 10 millions d'euros. L'enjeu sanitaire est de taille : la prise en charge d'un patient Alzheimer coûte en moyenne 37 000 euros par an, pour un coût global estimé entre 32 et 35 milliards d'euros pour la société française.
Vers une prévention personnalisée
L'objectif final affiché par les porteurs du projet est de pouvoir proposer, à terme, un dépistage en population générale dès 45 ans, couplé à des interventions sur le mode de vie et à des traitements en cours d'évaluation, pour retarder voire empêcher l'apparition de la maladie chez les personnes à risque. L'étude s'intéressera aussi à d'autres facteurs modifiables comme l'hypertension, la sédentarité, le stress, le diabète, les troubles du sommeil, ou la pollution environnementale, repris des travaux de la commission Lancet de 2024 sur la prévention d'Alzheimer.
Les personnes intéressées, âgées de 45 ans ou plus, peuvent s'inscrire sur le site alzevit.com.
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