Cures thermales : le projet du gouvernement dénoncé par la fédération thermale du Grand Est
Le gouvernement veut transférer 200 millions d’euros de remboursement des cures thermales vers les complémentaires santé. Pour Jean-Jacques Gaultier, président de la fédération thermale du Grand Est, c’est « un déremboursement qui ne dit pas son nom », qui menace à la fois les curistes, les stations et l’économie locale.
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C’est une nouvelle tentative, après celle de l’an dernier. Jeudi 8 octobre, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a présenté le projet de budget de la Sécurité sociale 2027 au conseil de la Caisse nationale d’Assurance maladie. Parmi les mesures annoncées figure le transfert vers les complémentaires santé de 200 millions d’euros de remboursement des cures thermales. Ce transfert s’inscrit dans un total de 700 millions d’euros vers les complémentaires en 2027, les 500 millions restants concernant des dépenses hospitalières. Aujourd’hui, l’Assurance maladie rembourse les cures à 65 %. Le gouvernement avait déjà tenté, sans succès, de les dérembourser dans le budget 2026.
Le conseil de la Cnam a rejeté le projet à la quasi-unanimité, avec 31 voix contre, mais son avis n’est que consultatif. Le texte est désormais examiné par les députés.
Un reste à charge déjà important pour les curistes
Dans les Vosges, la mesure est suivie de près. Vittel, Contrexéville et Bains-les-Bains accueillent chaque année des milliers de curistes. Pour Jean-Jacques Gaultier, le premier effet serait un reste à charge plus lourd pour les patients. Il rappelle que les curistes paient déjà une part importante : « Les soins ne sont pris en charge qu’à hauteur de 65 % par l’Assurance maladie. Il reste déjà à sa charge 35 %, plus tout ce qui est à côté, hébergement, transport. Ce n’est pas du tout des vacances payées par la Sécurité sociale. »
Le mécanisme l’inquiète d’autant plus que les complémentaires ne sont pas obligées de reprendre cette dépense. Certaines pourraient refuser, d’autres augmenter leurs tarifs, déjà proches de 90 euros par mois en moyenne selon lui. Il redoute « une prise en charge à deux vitesses » entre ceux qui pourraient se payer une mutuelle plus chère, et donc une cure, et les autres. Il y voit la fin du thermalisme social, créé en 1947 pour ouvrir les cures au plus grand nombre.
Un enjeu économique pour les territoires
Le risque ne concerne pas que les patients. La France compte une centaine de stations thermales, dont les trois quarts dans des communes de moins de 5 000 habitants. La fédération met en avant le poids économique du secteur : selon Jean-Jacques Gaultier, les cures représentent environ 500 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour un coût de 200 millions d’euros que le gouvernement veut économiser. Avec les emplois indirects et induits, les retombées atteindraient près de 5 milliards d’euros au niveau national.
À l’échelle d’un curiste, il avance un calcul simple : « Un curiste dépense en moyenne 1 000 à 1 200 euros en local, alors que la Sécu rembourse 400 euros. Pour 1 euro dépensé, il y a 3 euros de retombées économiques locales. » Dans les Vosges, cela représenterait environ 4 millions d’euros par an pour Vittel, qui accueille à peu près 4 000 curistes, et près de 1,5 million pour Contrexéville, avec un peu moins de 1 400 curistes.
Une incohérence de l’État, selon la fédération
Jean-Jacques Gaultier pointe aussi une contradiction dans la position de l’État. Début 2026, le gouvernement a confié à la Haute Autorité de Santé une étude d’impact sur les bienfaits des cures, un travail pluriannuel qui doit s’étaler sur deux ou trois ans. Pour lui, dérembourser avant ses conclusions n’est pas logique : « Sans attendre les conclusions, on viendrait dérembourser les cures. »
Il relève également que l’État soutient des projets thermaux dans la région, comme Vittel Horizon 2030, tout en voulant réduire la prise en charge des cures. « D’un côté, on a un soutien des projets d’investissement locaux du territoire, et de l’autre côté, on tirerait le tapis en déremboursant les cures. Incohérence et vision à très court terme. »
Quelle suite pour le texte ?
Reste à savoir si la mesure ira au bout. Jean-Jacques Gaultier doute qu’il existe une majorité à l’Assemblée pour voter le déremboursement, voire l’ensemble du budget de la Sécurité sociale. Il redoute alors deux scénarios : le recours au 49-3 ou le passage par décret, qui contournerait le Parlement.
Le gouvernement justifie son projet par la situation financière de l’Assurance maladie. Selon la ministre, son déficit atteindrait 14 milliards d’euros en 2027 sans projet de loi, contre un peu moins de 8 milliards avec le texte présenté.
Les discussions budgétaires se poursuivront jusqu’en décembre. Jean-Jacques Gaultier se rendra début novembre au congrès du thermalisme, à Aix-les-Bains, où un point d’actualité est attendu.
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