Gaz hilarant : on ne rigole plus en Meurthe-et-Moselle

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Face à la recrudescence de l'usage récréatif du protoxyde d'azote, le préfet Yves Séguy a signé un arrêté d'interdiction valable jusqu'au 13 septembre 2026.

Publié : 18 mai 2026 à 15h02 par
Un arrêté préfectoral a été pris pour interdire la consommation et la détention de ce gaz
Un arrêté préfectoral a été pris pour interdire la consommation et la détention de ce gaz hilarant.

Un gaz banal détourné de son usage

Le protoxyde d'azote — familièrement baptisé « gaz hilarant » — est partout dans notre quotidien : dans les cartouches de siphons à chantilly, les aérosols, ou encore les bonbonnes médicales et industrielles. Mais depuis plusieurs années, cette substance est détournée de ses usages légaux pour ses effets euphorisants, au point d'être devenue la troisième substance psychoactive la plus consommée en France, malgré son inscription sur la liste des substances vénéneuses depuis 2001.

En Meurthe-et-Moselle, le phénomène ne cesse de s'amplifier. Les services de police et de gendarmerie, mais aussi les élus et les associations, signalent régulièrement des incidents liés à sa vente et à sa consommation dans l'espace public. Au premier trimestre 2026 seulement, la direction interdépartementale de la police nationale a dressé 23 verbalisations en lien avec ce produit.

Des risques sanitaires loin d'être anodins

Derrière l'effet comique du fou rire se cachent des dangers bien réels, alertent les autorités sanitaires. L'inhalation de protoxyde d'azote expose à deux types de risques.

Risques identifiés par les autorités sanitaires

  • Immédiats : asphyxie par manque d'oxygène, perte de connaissance, brûlures par le froid du gaz, perte du réflexe de toux, désorientation, vertiges, risque de chute.
  • En cas d'usage régulier : atteinte de la moelle épinière, carence sévère en vitamine B12, anémie, troubles psychiques.

Au-delà de la santé individuelle, la consommation dans l'espace public génère des comportements anormalement agités, des nuisances sonores, des rixes, voire des accidents de la route. Les ballons de baudruche et cartouches usagées jonchent trottoirs, parcs et abords d'établissements scolaires, constituant une pollution visible et incitative.

Un arrêté préfectoral pour mettre fin au « gaz hilarant » dans la rue

C'est dans ce contexte que le préfet Yves Seguy a signé, le 13 mai 2026, un arrêté réglementant la détention et la consommation de protoxyde d'azote à des fins récréatives dans l'ensemble du département. Ce texte, publié au recueil des actes administratifs le 15 mai, entre en vigueur immédiatement.

Ce que dit l'arrêté — jusqu'au 13 septembre 2026 inclus

  • Art. 1 Consommation récréative détournée interdite sur toutes les voies et espaces publics du département.
  • Art. 2 Détention et transport de tout récipient contenant du protoxyde d'azote interdits de 18 h à 8 h, tous les jours.
  • Art. 3 Interdiction de jeter ou d'abandonner dans l'espace public cartouches et récipients sous pression.
  • Art. 4 Les forces de l'ordre sont autorisées à verbaliser et saisir les contenants.
  • Art. 5 Usages professionnels et médicaux dûment justifiés : non concernés.
  • Art. 6 Le sous-préfet directeur de cabinet, les sous-préfets d'arrondissement, les maires du département, la police nationale, la gendarmerie et la CRS ALA sont chargés de son exécution.

Les contrevenants s'exposent aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur, notamment une amende pouvant atteindre 15 000 € pour toute personne qui provoquerait un mineur à en faire usage.

Une mesure locale dans un contexte national

Cet arrêté s'inscrit dans une démarche plus large : début avril 2026, le ministère de l'Intérieur a lancé une campagne nationale de prévention contre l'usage détourné du protoxyde d'azote, visant à lutter contre la banalisation de sa consommation, notamment dans le milieu festif — teknival, rave-party, free-party — où son usage est régulièrement constaté.