THE CURE - FRIDAY I'M IN LOVE

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THE CURE - FRIDAY I'M IN LOVE

Publié : 26 octobre 2026 à 11h41 par
THE CURE

Voilà la chanson la plus joyeuse du groupe le plus mélancolique de Grande-Bretagne. Et son auteur la déteste. Enfin, “déteste” est un grand mot — disons qu’il la considère comme “stupide”. Ce qui, venant de Robert Smith, ressemble presque à un compliment.

D’abord, le groupe. The Cure naît en 1976 à Crawley, ville sans charme du West Sussex, sur les bancs de la Saint-Wilfrid’s School. Robert Smith, 17 ans, guitare en bandoulière, fonde avec ses amis d’enfance Lol Tolhurst et Michael Dempsey un groupe qui s’appellera successivement Malice, Easy Cure, puis The Cure. Dès 1980, le groupe bascule vers un son de plus en plus sombre — post-punk, cold wave, goth — qui va influencer toute une génération. Rouge à lèvres, yeux charbonneux, cheveux en bataille : Robert Smith invente une esthétique, presque malgré lui. Il passera les trente années suivantes à répéter qu’il n’est pas un groupe goth. Personne ne le croit vraiment.

En 1991, pendant les sessions de l’album Wish, Smith rentre un vendredi après-midi chez lui pour profiter du week-end. Dans la voiture, une mélodie lui vient — lumineuse, presque enfantine. Il enregistre l’idée ce soir-là même. La chanson est immédiatement baptisée “Friday” et ne changera plus de nom. Sauf que Smith est persuadé d’avoir plagié quelqu’un. Il fait écouter la mélodie à tout le groupe. Personne ne reconnaît quoi que ce soit. Finalement convaincu que la mélodie est bien la sienne, il la garde — avec un soupçon de culpabilité qui ne le quittera jamais vraiment.

Autre petite bizarrerie technique : lors du transfert de bande en studio, la chanson a accidentellement été enregistrée un quart de ton trop haut. “C’était un accident”, admet Smith, “mais un accident heureux.”

Friday I’m in Love sort le 15 mai 1992 — un vendredi, évidemment. Sixième au Royaume-Uni, 18ème aux États-Unis, numéro un des charts rock alternatifs américains. L’album Wish entre directement numéro un au Royaume-Uni. Smith dira plus tard qu’il préférait d’autres chansons de l’album, celles sur lesquelles il avait “vraiment travaillé”. Et pourtant — il reconnaîtra en 2019 que c’est probablement “la chanson de Wish”. L’une de ses trois préférées de toute la discographie.

Aujourd’hui, The Cure tourne toujours. En 2024, après seize ans de silence, l’album Songs of a Lost World est sorti — numéro un dans plusieurs pays. En 2026, Robert Smith reçoit un Grammy. Et chaque vendredi, quelque part dans le monde, quelqu’un sifflote une mélodie stupide et parfaite.