Cité judiciaire de Nancy : « Une catastrophe », le bâtonnier tire la sonnette d'alarme

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Publié : 11h57 par
Cité judiciaire de Nancy : « Une catastrophe », le bâtonnier tire la sonnette d'alarme
La cité judiciaire de Nancy

La suspension du projet de nouvelle cité judiciaire sur le site Alstom, annoncée fin avril par le garde des Sceaux Gérald Darmanin pour des raisons budgétaires, a provoqué une onde de choc dans le monde judiciaire nancéien. Serge Dupied, bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Nancy, ne mâche pas ses mots.

Un palais de justice à bout de souffle

Pour comprendre l'ampleur de la réaction, il faut d'abord mesurer l'état du palais actuel, rue du Général-Fabvier. « La cité judiciaire ne répond absolument plus à ces attentes, affirme Serge Dupied. Vous avez une cité judiciaire qui est maintenant très ancienne, qui souffre de multiples infiltrations, qui fait l'objet de travaux récurrents, mais ces travaux ne suffisent plus à faire en sorte que la cité soit fonctionnelle. »

Le manque d'espace est devenu criant. « Vous avez actuellement des audiences familiales qui doivent se dérouler dans les locaux du conseil de prud'hommes, puisqu'il n'y a plus assez de salles d'audience », illustre le bâtonnier. Et la question de la sécurité se pose désormais ouvertement : « Par nature, oui », répond-il sans détour lorsqu'on l'interroge sur les risques pour les personnes fréquentant les lieux. « Vous avez une cité qui se dégrade. On ne peut pas en conclure que les conditions de sécurité soient optimales, loin s'en faut. »

Un coup de massue inattendu

L'annonce de la suspension est tombée comme un couperet. Le barreau de Nancy n'était pas simplement spectateur du projet : il envisageait d'y racheter un immeuble à proximité immédiate de la future cité. « On était tous dans une perspective d'évolution, faire en sorte d'avoir une maison de l'avocat, des conditions d'exercice bien meilleures que celles actuelles. Et ce couperet est tombé sur un courrier du 13 avril, nous indiquant que le projet était totalement suspendu. Très clairement, on ne s'y attendait pas. »

La question du cofinancement, une logique contestée

Le ministre conditionne la reprise du projet à une participation financière des collectivités locales à hauteur de 20 % — soit 22 millions d'euros. Une logique que le bâtonnier refuse de valider. « Le service public de la justice, c'est un service de première importance et il appartient à l'État de le faire respecter. C'est à l'État, à mon sens, d'investir ses fonds. »

Il pointe par ailleurs une opacité troublante sur le coût total du chantier : « On parlait à l'origine d'une édification pour un coût de l'ordre de 40 millions d'euros. Aujourd'hui, on nous indique 110 millions d'euros, donc on a un projet qui aurait pris x3 en termes de montant. Et à ce stade, très clairement, l'Ordre des avocats n'a pas d'explication sur cette augmentation substantielle. »

Peser sur les décisions, pas se résigner

Après un conseil de l'ordre tenu le 4 mai, le barreau a arrêté une ligne de conduite : se rapprocher du garde des Sceaux et exiger d'être associé au comité que ce dernier souhaite mettre en place. « Ce que nous voulons, nous, impérativement au barreau de Nancy, c'est que le bâtonnier fasse partie de ce comité, pour faire valoir la position des avocats, qui sont des acteurs majeurs au sein de la justice. »

Serge Dupied plaide pour une mobilisation collective dépassant les seuls avocats : « Une action de groupe qui engloberait tous les intervenants, avocats, greffiers, magistrats. Nous avons tous besoin d'une cité au soutien des intérêts, non pas de nos professions, mais des justiciables en premier lieu. »

Pessimiste sur le statu quo, optimiste sur l'issue

Si le projet Alstom devait définitivement capoter, les alternatives évoquées ne convainquent guère le bâtonnier. Continuer à rapiécer l'existant ? « De toute façon, il n'y a aucune pérennité sur cette alternative-là. On a passé ce cap. On ne peut pas se contenter de mettre des rustines. » D'autres sites ont bien été évoqués par le passé, le secteur de la faculté de pharmacie, l'îlot du Lièvre, mais sans certitude sur les coûts.

Malgré tout, Serge Dupied refuse de céder au fatalisme. « Je ne suis pas forcément naïf. Par contre, je suis optimiste. » Nancy, rappelle-t-il, n'est pas une juridiction banale : « C'est une place forte judiciaire avec nombre de juridictions, la Cour administrative d'appel, la GIRS. Ces juridictions nécessitent absolument que nous ayons cette nouvelle cité. »

Le calendrier initial prévoyait une livraison en 2030. Ce délai tiendra-t-il encore ? « Si l'État y met du sien, ça devrait le faire quand même », veut croire le bâtonnier. En attendant, le palais de justice de Nancy continue de vivre avec ses infiltrations, ses salles bondées et ses rustines, dans une situation que Serge Dupied qualifie, sans ambages, d'« intolerable ». « La situation existe déjà. Le plus tôt sera le mieux. »

Le bâtonnier des avocats de Nancy
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang
Darmanin réclame 22 millions aux collectivités locales. Le bâtonnier Maître Serge Dupied s’y oppose
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang
Quelles options si le projet sur le site Alstom ne voit pas le jour ?
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang