Écotaxe poids lourds : « Les transporteurs n’ont plus aucune marge »
Votée par la Région Grand Est le 15 octobre, l’écotaxe poids lourds doit s’appliquer à partir du 1er avril 2027. Pour Éric Mignon, secrétaire général de la fédération des transporteurs routiers dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle, la mesure risque de fragiliser des entreprises déjà exsangues. Il réclame un texte obligeant à répercuter la taxe sur les clients.
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Deux taxes, un même principe
Dans le Grand Est, il y a en réalité deux écotaxes. L’une, le R-Pass, concerne l’Alsace et doit démarrer le 1er janvier 2027. L’autre, l’écocontribution poids lourds, a été votée par la Région pour la Lorraine. Le principe est le même : une redevance au kilomètre pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes, sur certains axes, dont l’A31. Un camion qui traverse les deux territoires paiera donc les deux taxes.
Le tarif n’est pas définitif. Selon Éric Mignon, il se situe entre 15 et 20 centimes du kilomètre et pourrait évoluer en fonction de critères carbone. Les camions électriques devraient être exemptés, mais les textes définitifs ne sont pas encore connus.
« Il faut que quelqu’un paye »
C’est sur le coût que le représentant des transporteurs s’inquiète le plus. « Aujourd’hui, les transporteurs n’ont plus aucune marge », affirme-t-il. Elle était autrefois de 1,5 à 2 %, elle serait aujourd’hui proche de zéro, voire négative. Pour une tournée de 350 à 400 kilomètres entre les Vosges et la Moselle, il estime la taxe à 60 euros par jour, bien plus que la marge dégagée par l’opération.
Les transporteurs ne sont pas opposés à l’impôt par principe, mais ils refusent de le supporter seuls. Ils demandent un texte qui oblige à le répercuter sur les clients, afin qu’ils en soient les redevables. Ils ne se font cependant guère d’illusions : la Région leur a promis une nouvelle réunion, sans date, et Éric Mignon doute qu’elle ait le pouvoir d’imposer une telle règle.
« On devient collecteur d’impôts »
Le dirigeant déplore de ne pas avoir été consulté avant le vote. « Ils nous ont écoutés, ils ne nous ont pas forcément entendus. » Il alerte aussi sur la charge administrative et le risque d’impayés : si un client fait faillite, c’est le transporteur qui supporte la taxe. À la fin de la chaîne, c’est le consommateur qui paierait, avec une hausse du prix des marchandises.
De son côté, la Région défend une taxe destinée à financer l’entretien du réseau routier national qu’elle a repris, soit 524 kilomètres, avec des travaux évalués à un milliard d’euros d’ici 2035. Elle met aussi en avant la contribution des poids lourds étrangers.
Une mobilisation limitée par les moyens
Les transporteurs ont déjà manifesté, à Metz comme à Strasbourg. Mais Éric Mignon prévient : les entreprises n’ont plus les moyens de faire grève. Le secteur compte environ 600 entreprises et 4 000 à 4 500 salariés dans les deux départements. Le vrai risque, selon lui, est celui des dépôts de bilan, déjà nombreux avec la hausse du gazole, et que la taxe pourrait accentuer.
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