La scierie Ackermann en sursis à Taintrux : « On risque de fermer d’ici un an »

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Implantée en 2023 à Taintrux, la scierie Ackermann est aujourd’hui menacée de fermeture. À la suite de plaintes de riverains et de contrôles environnementaux, l’entreprise doit faire face à d’importantes mises aux normes estimées entre 100 000 et 150 000 euros. Entre incompréhension administrative et pression financière, son avenir est désormais suspendu à une décision de justice.

Publié : 13h59 par
Simon PARMENTIER

Scierie Ackermann, ouverte en 2023 à Taintrux dans les Vosges
Scierie Ackermann, ouverte en 2023 à Taintrux dans les Vosges
Crédit : Zoé Thomas MLR

Un coup dur pour l’industrie locale dans les Vosges

À Taintrux, la scierie Ackermann traverse une période critique. Ouverte en 2023, cette jeune entreprise familiale spécialisée dans le travail du bois pourrait être contrainte de fermer ses portes dans les prochains mois. En cause : des plaintes du voisinage, des problèmes de conformité environnementale et des coûts de mise aux normes estimés entre 100 000 et 150 000 euros.

Après plusieurs expertises acoustiques et administratives, le gérant, Hervé Ackermann, affirme vivre une situation qu’il juge injuste et incompréhensible.

« On est en sursis », résume-t-il.

Une entreprise qui commençait enfin à se stabiliser

Lancée en 2023, la scierie Ackermann représentait pour la famille Ackermann un véritable projet de vie. Après des débuts compliqués et plusieurs années à construire une clientèle, l’activité commençait seulement à trouver son équilibre économique.

« On a démarré de zéro et on avait zéro clientèle. Les deux premières années n’étaient pas géniales. On commençait seulement à se stabiliser en 2025 », explique Hervé Ackermann.

L’entreprise travaille principalement des essences locales comme l’épicéa, le sapin ou le douglas, pour une clientèle de particuliers et de professionnels de la région.

Mais aujourd’hui, la jeune société doit faire face à des dépenses qu’elle n’est plus en mesure d’assumer.

« On a un encours bancaire qui est trop important pour que la banque nous suive encore à 150 000 euros », regrette le dirigeant.

Des nuisances sonores dénoncées par le voisinage

L’affaire débute après une première plainte déposée par des riverains. À la suite de cette démarche, une expertise sonore est menée sur le site et conclut que la scierie dépasse les seuils réglementaires autorisés.

« On ne doit pas dépasser 6 décibels à émergence de propriété. Après les mesures effectuées par un expert sonore, il s’avère qu’on est à 12 », détaille Hervé Ackermann.

Le gérant souligne toutefois le caractère particulièrement calme du secteur où se trouve l’exploitation.

« Quand la scie ne fonctionne pas, c’est un bruit quasiment nul », précise-t-il.

En parallèle, les autorités pointent également des manquements concernant la sécurité incendie. Le site n’étant pas raccordé au réseau d’eau communal, une réserve incendie devrait être mise en place.

« Je ne suis pas censé suivre mon permis de construire »

Pour Hervé Ackermann, cette situation est avant tout liée à un problème administratif. Le gérant assure avoir effectué l’ensemble des démarches dans les règles, avec l’appui d’un architecte.

« Suite à la plainte du voisinage, il s’avère que mon permis de construire n’a pas suivi les rouages de l’administration. Mais moi, je ne suis pas censé suivre mon permis avec », explique-t-il.

Le chef d’entreprise estime que les services concernés auraient dû l’alerter bien plus tôt sur les contraintes réglementaires liées à son activité.

« Quand je donne un permis de construire fait par un architecte et que je le transmets aux services concernés, je ne vais pas encore suivre mon permis pour savoir où il va et s’il est bien fait. »

Aujourd’hui, Hervé Ackermann dit avoir le sentiment de payer seul les conséquences de cette situation.

« L’administration me dit que nul n’est censé ignorer la loi. Derrière, le dindon de la farce, c’est moi. »

Une fermeture désormais envisagée

Face au coût des travaux demandés, la fermeture de la scierie n’est plus exclue. Une délocalisation de l’activité est également envisagée, même si cette perspective reste difficile à accepter pour le gérant.

« Je n’ai pas envie de perdre ma clientèle, je n’ai pas envie de m’arrêter là-dessus. »

Malgré les difficultés, Hervé Ackermann affirme vouloir continuer à défendre son entreprise.

« Je ne suis pas un voleur. Je n’ai pas fait ça en me disant : “Je vais embêter tout le monde.” »

Un impact moral et familial important

Au-delà des difficultés financières, cette affaire pèse lourdement sur la famille Ackermann. Face à l’incertitude autour de l’avenir de la scierie, Céline Ackermann a d’ailleurs dû reprendre une activité professionnelle.

« Aujourd’hui, on a un gros impact mental et familial, sur notre devenir, sur nos enfants », confie le gérant.

Malgré tout, il assure ne pas regretter d’avoir lancé ce projet.

« Je ne regrette pas, mais moralement, c’est compliqué. »

Une décision encore attendue

Estimant les procédures administratives trop longues après la première plainte, le voisinage a finalement déposé une seconde plainte, ce qui a conduit l’affaire devant le tribunal de commerce d’Épinal.

Après son passage devant la juridiction mercredi , Hervé Ackermann reste désormais dans l’attente de la décision de justice.

L’avenir de cette jeune scierie vosgienne reste suspendu aux prochaines décisions administratives et judiciaires.

Hervé Ackermann, propriétaire et gérant de la scierie
Hervé Ackermann, propriétaire et gérant de la scierie; Crédit: Zoé Thomas - MLR
Hervé Ackermann, propriétaire et gérant de la scierie
Hervé Ackermann, propriétaire et gérant de la scierie; Crédit: Zoé Thomas - MLR
Hervé Ackermann, propriétaire et gérant de la scierie
Hervé Ackermann, propriétaire et gérant de la scierie; Crédit: Zoé Thomas - MLR