Une grosse paire de lunettes blanches, quelques secondes d'installation sur le visage d'un enfant, et le couloir d'hôpital disparaît. À sa place : un vaisseau qui glisse dans un univers de glace, des tonneaux qui explosent, des petits ennemis à abattre à coups de gâchette. C'est Auroria, le casque de réalité virtuelle qui circule désormais dans les services de l'hôpital d'enfants du CHRU de Nancy.
Depuis décembre 2025, le dispositif est déployé dans plusieurs services, dont la chirurgie des grands brûlés, la pédiatrie, la chirurgie viscérale, l'orthopédie et la neurochirurgie. L'objectif est simple : distraire les patients pendant les soins douloureux, réduire leur anxiété, et, quand c'est possible, diminuer la dose d'antalgiques.
Un monde féerique conçu pour ne pas blesser
Véronique Vuillemin, cadre de santé récemment arrivée sur les secteurs de neurochirurgie et d'orthopédie pédiatrique, décrit l'expérience : « On installe le casque sur le visage des enfants, sur les yeux et sur le nez. Ils se retrouvent en immersion dans un monde de glace, avec une petite gâchette pour glacer des tonneaux et des petits bonhommes. L'idée, c'est de leur faire penser à autre chose le temps du soin. »
Le choix de l'univers n'est pas anodin. Nicolas Anstett, président de l'association Les P'tits Phénix, qui a financé l'achat du casque, l'explique : « C'est un monde féerique, basé sur la glace. Aucune flamme, aucune fumée. Ça permet de ne pas réveiller des traumatismes. » Une précaution essentielle pour des enfants grands brûlés, qui constituent le public premier de cet outil.
Les retours sont unanimes. « Les enfants adorent jouer aux jeux proposés dans le casque », rapporte Véronique Vuillemin. « Le fait d'être totalement en immersion les déconnecte complètement de la réalité du soin. » L'outil est utilisé dès l'âge de 6 ans.
Moins de médicaments, plus de sérénité
Pour les soignants, les bénéfices sont concrets. Véronique Vuillemin souligne le gain de temps et la qualité des soins : « L'enfant n'est pas du tout préoccupé par ce que l'infirmière est en train de faire. Ça se passe bien, les enfants sont détendus, et ça permet à tout le monde de passer un moment plus agréable dans la mesure du possible. »
Dans le service des grands brûlés, les pansements sont refaits tous les deux jours, des soins invasifs, répétitifs, redoutés. Avant le casque, certains enfants recevaient un gaz analgésique pour les détendre. Désormais, dans certains cas, le casque suffit à s'en passer. « Ça permet d'éviter d'utiliser ce gaz, et donc des antalgiques en plus », confirme la cadre de santé.
La peur de l'hôpital, de la blouse blanche, des gestes médicaux, un frein bien connu en pédiatrie, encore plus marqué lorsque les soins sont répétitifs. « Surtout pour des pansements de brûlée qui se font tous les deux jours, il y a une part d'appréhension parce qu'on sait que ça va être invasif », reconnaît Véronique Vuillemin. Le casque permet à l'enfant de traverser ce moment sans y être vraiment présent, et d'en sortir moins marqué pour la fois suivante.
Une technologie née à Nancy
Derrière Auroria, il y a la société Mist Studio, installée à la technopole de Vandœuvre-lès-Nancy. Son fondateur, Mathieu Burtin, a voulu allier jeu vidéo et neurosciences. « L'idée est de capter précisément l'attention des patients pour contrôler leur niveau de douleur et d'anxiété. C'est du jeu vidéo thérapeutique. » Chaque détail, couleurs, mots, univers sonore, a été pensé avec des spécialistes pour ne pas aggraver l'état des patients.
C'est l'hôpital lui-même qui a servi de terrain d'expérimentation. Mist Studio a contacté le service pour réaliser les premiers tests. « C'est avec plaisir que nous avons réalisé ces fast-tests, parce que ça nous a vraiment permis de faire des soins plus sereinement », témoigne Véronique Vuillemin.
À ce stade, l'hôpital ne dispose que d'un seul casque, financé par l'association Les P'tits Phénix. L'ambition est désormais de former l'ensemble du personnel de chirurgie pour en maximiser l'usage. « On souhaiterait que tout le personnel soit formé, de façon à ce que ce casque permette aux enfants de réduire ces moments de stress et de douleur pendant les soins », résume Véronique Vuillemin.
Une paire de lunettes, un monde de glace, et une gâchette. Parfois, c'est suffisant pour changer un soin en aventure.