« On va te crever, tu vas saigner » : un candidat malheureux aux municipales condamné pour avoir menacé de mort le maire d'Essegney
Un homme de 56 ans, candidat battu aux dernières élections municipales, a été condamné mercredi à deux ans de prison avec sursis pour avoir menacé de mort à deux reprises le maire d'Essegney et sa famille.
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Interpellé moins de 24 heures après le dépôt de plainte, l’individu, originaire des Vosges, a été jugé dans la foulée de sa garde à vue.
Un ultimatum glaçant envoyé par SMS
Tout commence le lundi 31 août : le maire d'Essegney reçoit sur son téléphone professionnel un SMS le menaçant de mort, lui et sa famille, assorti d'un ultimatum. Le message, particulièrement violent, exige sa démission sous peine de représailles contre sa femme, son enfant, puis lui-même.
Le procureur de la République d'Épinal, Frédéric Nahon, a tenu à rappeler la teneur exacte des propos tenus, qu'il a qualifiés d'« inadmissibles » : l'auteur exigeait la démission du maire et de son équipe municipale avant le mercredi soir, faute de quoi sa famille et lui-même en subiraient les conséquences, dans des termes menaçant explicitement de faire couler le sang.
Précisément, il écrivait : « Si mercredi soir tu n'as pas démissionné de ton poste de maire avec ton équipe de branleur on va s'occuper de ta femme et de ton gosse et ensuite toi on va te crever tu vas saigner ».
Une enquête de flagrance est aussitôt ouverte par le parquet d'Épinal, confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Remiremont.
Un téléphone prépayé et un faux nom, mais la vidéosurveillance trahit son auteur
Les gendarmes découvrent rapidement que le message a été envoyé depuis un téléphone prépayé, acheté dans un commerce d'Épinal sous une fausse identité, ce qui démontre, selon Frédéric Nahon, procureur de la République d’Épinal, « la volonté de l’auteur du message de dissimuler son identité ».
C'est finalement l'exploitation des images de vidéosurveillance du magasin qui permet aux enquêteurs de remonter jusqu'au suspect, alors qu'aucun autre élément ne permettait de l'identifier.
L'homme est interpellé et placé en garde à vue le mardi 1er septembre à 16 heures. Le colonel Grégory Moura, commandant le groupement de gendarmerie des Vosges, a salué la rapidité de cette identification, rendue possible grâce aux enquêteurs spécialisés en nouvelles technologies et à la vidéoprotection du commerce.
Une deuxième menace, plus ancienne, refait surface
Lors de son audition, le mis en cause reconnaît les faits — et va plus loin : il admet être également l'auteur d'un courrier de menaces envoyé au même maire le 20 mai dernier.
Le texte, rédigé au nom d'un mystérieux « nous », donnait déjà un ultimatum à l'édile pour quitter ses fonctions avant la fin du mois de mai.
Il déclarait dans ce courrier : « Nous vous donnons jusqu’à la fin du mois de mai pour quitter votre poste et le conseil municipal. Passé cette date un grand malheur arrivera sur vous ou un membre de votre famille. Vous pouvez prendre ces menaces à la légère c’est votre droit mais sachez que nous sommes déterminés. Avant d’avoir une issue irréversible, à vous de voir mais après il sera trop tard et vous pourrez toujours avoir des regrets et pleurer » (sic).
Le suspect explique son geste par deux motifs : sa candidature malheureuse aux élections municipales d'Essegney, où le maire actuel s'est présenté contre lui et a été élu, et un différend portant sur l'attribution d'un bail d’un terrain de chasse. Il affirme avoir « perdu pied » et avoir agi « sous impulsion », regrettant les deux épisodes.
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Un profil sans antécédent : « des gens très bien » qui « s'oublient » derrière un écran
Âgé de 56 ans, originaire des Vosges, marié et père de famille, l'homme travaille et n'a jamais été condamné : son casier judiciaire est vierge.
Il est également chasseur, une activité qui lui vaudra la saisie de cinq fusils à son domicile.
Le colonel Moura a insisté sur ce paradoxe, appelant à la vigilance : des personnes par ailleurs insérées, respectables, peuvent se transformer derrière un écran ou un téléphone.
Il a lancé un appel à se comporter face à ses appareils comme on se comporterait dans la rue, au travail ou à l'école, pour éviter que ce type de dérive ne dégénère.
Jugé en quelques heures, condamné à deux ans avec sursis
Compte tenu de la gravité des faits mais aussi de l'absence totale d'antécédents judiciaires, le procureur a choisi la voie rapide : le mis en cause a été présenté ce mercredi 2 septembre, dès la fin de sa garde à vue, dans le cadre d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (le fameux « plaider coupable »).
Il a été reconnu coupable de menaces de mort sur un élu pour les deux faits — du 20 mai et du 31 août — et condamné à :
- 2 ans d'emprisonnement, intégralement assortis du sursis ;
- 2 000 euros d'amende ;
- une interdiction d'entrer en contact avec la victime et sa famille pendant 3 ans ;
- une interdiction de paraître au domicile de la victime et à la mairie d'Essegney ;
- une interdiction de détenir une arme pendant 5 ans, avec confiscation de l'ensemble des armes saisies à son domicile ;
- la suspension de son permis de chasse pour 5 ans.
La peine, acceptée par le condamné, est exécutoire immédiatement, même si celui-ci conserve un délai d'appel de dix jours. Un renvoi sur intérêts civils a été demandé par l'avocat du maire, et l'Association des maires ruraux s'est constituée partie civile.
Une protection immédiate pour le maire menacé
Dès le dépôt de plainte, plusieurs dispositifs ont été activés pour protéger l'élu et sa famille : présence renforcée de la gendarmerie autour de son domicile et de la commune, intervention du PSIG et des motocyclistes de l'escadron départemental de sécurité routière, mise en place du dispositif SIP (Sécurisation des Interventions et de Protection) permettant un traitement prioritaire de ses appels au 17, et attribution par la préfecture d'un téléphone « grave danger ».
Lor de la conférence de presse, le procureur Frédéric Nahon a indiqué avoir apporté son soutien public au maire d'Essegney, en lien avec le préfet, et qu'un accompagnement par l'association d'aide aux victimes lui avait été proposé.
Un phénomène « stabilisé » mais toujours préoccupant dans les Vosges
Selon le parquet d'Épinal, une vingtaine de plaintes pour atteintes à des élus ont été déposées depuis le début de l'année 2026 dans le département, contre une trentaine sur l'ensemble de l'année 2025 — un périmètre qui inclut outrages, diffamations et menaces.
Si les menaces de mort restent rares, le procureur souligne qu'elles sont d'autant plus inadmissibles lorsqu'elles sont réitérées, comme dans cette affaire.
« Ces faits, qui portent atteinte à la démocratie et aux élus, nécessitent une réponse ferme et rapide », a martelé le procureur, saluant au passage la réactivité des gendarmes : moins de 24 heures se sont écoulées entre le dépôt de plainte et la garde à vue du suspect.
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