Viande brésilienne suspendue par l'UE : l'accord Mercosur à nouveau sous le feu des critiques

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Bruxelles a acté la suspension, à partir de ce jeudi, de ses importations de bœuf et de volaille en provenance du Brésil.

Publié : 2 septembre 2026 à 14h52 par
Selon Franck Leroy, "l'Europe doit suspendre immédiatement un accord devenu indéfendable"
Selon Franck Leroy, président de la région Grand Est, "l'Europe doit suspendre immédiatement un accord devenu indéfendable". Crédits : Zoé Thomas - MLR

Une décision sanitaire qui relance immédiatement le débat politique autour de l'accord de libre-échange UE-Mercosur, plusieurs élus y voyant une contradiction difficilement tenable.

Une suspension motivée par des manquements sanitaires

L'Union européenne a annoncé lundi 31 août qu'elle suspendait, dès jeudi, ses importations de volaille et de bœuf en provenance du Brésil, ainsi que des œufs et du miel. En cause : l'absence de garanties suffisantes apportées par les autorités brésiliennes sur le respect des règles européennes encadrant l'usage des antibiotiques en élevage.

Le Brésil avait déjà été écarté en mai d'une liste européenne recensant les pays jugés conformes à ces exigences sanitaires.

Aucun calendrier précis n'a été communiqué pour une éventuelle reprise. Un audit portant sur la volaille et le miel doit s'achever vendredi ; s'il se révèle concluant et reçoit l'aval des États membres, les exportations de volaille pourraient redémarrer dans les semaines à venir. Les délais s'annoncent en revanche plus longs pour le bœuf, en raison de cycles de production plus étendus selon les filières animales concernées.

Cette vigilance accrue de Bruxelles intervient dans un contexte sensible : l'accord de libre-échange signé en janvier avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) avait déjà suscité de vives critiques du monde agricole et de la France. Pour rappel, le Brésil s'est imposé en 2025 comme le deuxième exportateur de viande bovine vers l'UE, avec plus de 92 000 tonnes écoulées pour une valeur dépassant 713 millions d'euros.

L'enjeu sanitaire dépasse le seul cadre commercial : selon l'Organisation mondiale de la santé, l'antibiorésistance est aujourd'hui directement responsable de plus d'un million de décès chaque année dans le monde, et contribue à près de cinq millions de morts supplémentaires. METTRE ARTICLE ANTIBIORESISTANCE JULIETTE

Franck Leroy : « Une contradiction insupportable »

Cette annonce a provoqué une réaction rapide de Franck Leroy, président de la Région Grand Est, qui y voit la confirmation éclatante des craintes exprimées depuis des mois par les opposants à l'accord Mercosur.

Pour l'élu régional, la situation confine à l'absurde : l'Europe s'apprêterait à ouvrir davantage son marché aux produits du Mercosur au moment même où elle reconnaît ne pas pouvoir garantir que le Brésil respecte ses propres normes sanitaires.

Une incohérence qu'il juge d'autant moins acceptable que les agriculteurs européens, eux, sont soumis à des exigences sanitaires, environnementales et de bien-être animal parmi les plus strictes au monde.

Franck Leroy rappelle également le contexte difficile traversé par l'agriculture du Grand Est cet été : quasiment aucune filière n'aurait été épargnée, avec des rendements en recul, des productions fragilisées et des trésoreries sous tension.

Dans ce climat déjà marqué par les effets du changement climatique, il estime qu'une concurrence supplémentaire, jugée déloyale, serait de trop.

Une demande de suspension pure et simple de l'accord

Au-delà du cas brésilien, le président du Grand Est va plus loin et réclame la suspension immédiate de l'application provisoire de l'accord UE-Mercosur dans son ensemble. Il s'appuie notamment sur la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne, engagée par le Parlement européen, qui doit se prononcer sur la compatibilité de cet accord avec les traités européens.

Selon lui, continuer d'appliquer l'accord pendant que sa légalité même est examinée par la justice européenne serait incohérent politiquement et risqué économiquement. Il appelle donc à une pause le temps que la Cour tranche, quitte à renoncer purement et simplement à l'accord dans sa forme actuelle si celle-ci concluait à son incompatibilité avec les traités.

Franck Leroy insiste sur le fait que sa position ne relève pas d'un repli protectionniste, mais d'une exigence de réciprocité : les standards imposés aux producteurs européens devraient, selon lui, s'appliquer également aux pays souhaitant accéder au marché européen. Une question qu'il érige en enjeu d'équité, de sécurité alimentaire et, plus largement, de souveraineté européenne.