PFAS à Tendon : les sols contaminés jusqu'à 5 000 fois la norme, le maire dénonce un problème "pas réglé"

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Le maire Gérard Clément détaille des taux hors norme sur deux parcelles agricoles, et dénonce l'isolement des petites communes rurales sur ce dossier.

Publié : 9h52 par
PFAS à Tendon : les sols contaminés jusqu'à 5 000 fois la norme

L'eau du robinet est redevenue conforme depuis février. Mais les analyses de sol que la mairie de Tendon a dû financer elle-même révèlent une contamination aux PFAS bien plus grave que prévu sur deux parcelles agricoles. Le maire Gérard Clément, qui alertait déjà en 2011, dénonce l'isolement des petites communes rurales face à ce dossier.

Deux parcelles, deux hectares et demi, une pollution hors norme

C'est une suspicion que la commune de Tendon traînait depuis la découverte de la contamination de son captage d'eau : deux parcelles ayant reçu, pendant une quinzaine d'années, des épandages de boues industrielles pourraient être à l'origine du problème. Pour en avoir le cœur net, la mairie a dû faire réaliser les analyses de sol elle-même. "On a souhaité faire les analyses de sols de ces deux parcelles que personne ne voulait nous faire", explique Gérard Clément, maire sans étiquette de Tendon.

Les résultats, obtenus début septembre, sont sans appel. Sur la première parcelle, située dans le périmètre rapproché du captage, le taux de PFAS mesuré atteint 6,76 microgrammes par kilo de matière sèche, soit 68 fois la norme applicable à l'eau potable (0,10 µg/L). Sur la seconde, en dérivation du périmètre, la concentration grimpe à près de 500 microgrammes par kilo, soit environ 5 000 fois la dose admissible dans l'eau. "Au niveau de 500 microgrammes, on est à l'équivalent de ce qu'on trouve sur des sites industriels", compare le maire.

Ces terres ne sont pas cultivées en légumes mais utilisées comme pâtures ou pour la production de foin. Sur la parcelle la moins contaminée, l'éleveur concerné a été incité à détourner sa récolte de foin, ce qu'il a fait, même si de jeunes animaux ou des chevaux continuent d'y passer occasionnellement. Sur la parcelle la plus touchée en revanche, l'exploitant continuerait à y faire du fourrage distribué à ses bêtes.

Le paradoxe : une eau conforme, des sols hors contrôle

Depuis l'installation d'un filtre à charbon actif en février, le réseau public d'eau potable de Tendon est redevenu conforme aux normes sanitaires. Une amélioration réelle, mais que le maire refuse de présenter comme un règlement du problème. "Non, les problèmes ne sont absolument pas réglés", insiste-t-il, rappelant que le filtre devra être changé régulièrement et fonctionnera "pour des années et des années" sans jamais s'arrêter.

Pour Gérard Clément, l'eau potable n'est que "la phase émergée de l'iceberg". La vraie question, selon lui, porte désormais sur la décontamination des sols : deux hectares et demi à Tendon, une surface plus large encore à Arrentès-de-Corcieux, et plusieurs centaines d'hectares selon lui dans les Ardennes, où une pollution aux PFAS liée aux mêmes pratiques d'épandage a également été documentée ces derniers mois.

Des résultats sont accablants
Gérard Clément, maire de Tendon
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang

Une alerte lancée dès 2011, restée sans suite

Le maire de Tendon revendique une forme d'antériorité sur ce dossier. En 2011 déjà, le conseil municipal avait voté une délibération demandant l'arrêt des épandages sur les deux parcelles aujourd'hui incriminées.

"On nous a dit qu'on n'était pas compétents en tant que commune", relate Gérard Clément, qui a ressorti ce texte en 2025 lorsque la contamination de l'eau a été confirmée. Il n'a pas eu, à ce jour, de contact avec les industriels dont les boues auraient été épandues sur ces terrains, ces derniers s'appuyant selon lui sur des arrêtés préfectoraux en vigueur à l'époque des faits.

L'élu a tenté d'alerter dès 2011 sur les épandages de boues industrielles
Gérard Clément, maire de Tendon
Crédit : Des propos recueillis par Juliette Schang

Un contexte départemental et national sous tension

Le cas de Tendon s'inscrit dans un dossier plus large qui touche plusieurs communes vosgiennes. À Arrentès-de-Corcieux, la consommation d'eau du robinet avait été interdite à l'ensemble de la population par arrêté préfectoral dès le 14 octobre 2025, après des dépassements massifs des seuils recommandés par le Haut Conseil de la santé publique. Trois associations environnementales, dont Vosges Nature Environnement, ainsi que deux propriétaires d'une source privée contaminée, ont déposé plainte contre X fin février pour mise en danger d'autrui et atteinte à l'environnement. L'association a par ailleurs cartographié en avril les secteurs concernés par ces épandages, qui s'étendent de Gerbépal à Bruyères en passant par Corcieux, Laval, Tendon et Le Tholy.

Sur le plan réglementaire, la redevance dite "pollueur-payeur", fixant une taxe de 100 euros pour 100 grammes de PFAS rejetés par les industriels, est entrée en vigueur au niveau national le 1er septembre, après avoir été reportée à plusieurs reprises depuis le vote de la loi, en février 2025. Son rendement est toutefois jugé très limité par l'Inspection générale des finances, entre 5 et 10 millions d'euros par an, quand le même service évalue à environ 2 milliards d'euros annuels les besoins de financement pour la dépollution des réseaux d'eau potable en France. "Ça fait sourire", réagit Gérard Clément, pour qui l'objectif prioritaire reste l'interdiction pure et simple des épandages de boues sur les terrains agricoles, quel que soit le niveau de rejet toléré.

"On est vraiment tout seul"

Face à ce qu'il décrit comme une absence de réponse de l'État, le maire de Tendon a choisi de se rapprocher d'élus confrontés à une situation comparable. Il indique être en contact avec une dizaine de maires des Ardennes, département où une pollution aux PFAS liée à des pratiques d'épandage similaires a également été révélée, et où un maraîcher aurait dû cesser son activité après trois ans d'alertes sanitaires. "On est vraiment tout seul sur ces affaires-là", résume Gérard Clément, qui pointe l'absence de suivi épidémiologique digne de ce nom pour les habitants des petites communes rurales, contrairement à ce qui existe, selon lui, dans des zones comme la vallée de la Chimie à Lyon.