Liliane Coinchelin, séquestrée, affamée puis enterrée en secret, trois personnes mises en examen

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Une information judiciaire criminelle a été ouverte après la disparition inquiétante de cette habitante de Saint-Michel-sur-Meurthe dans les Vosges.

Publié : 6 mars 2026 à 16h08 par
Le fils aîné a reconnu que sa mère a été séquestrée, sans soin, puis est décédée
Le fils aîné a reconnu que sa mère a été séquestrée, sans soin, puis est décédée
Crédit : MLR

Selon un communiqué du procureur de la République d'Épinal, Frédéric Nahon, trois membres de la famille de Liliane Coinchelin sont désormais mis en examen pour des faits graves extrêmement, notamment des actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort, séquestration et escroquerie en bande organisée.

Une disparition signalée tardivement

L'affaire débute le 28 janvier 2026, lorsque le maire de Saint‑Michel‑sur‑Meurthe alerte la police de Saint‑Dié‑des‑Vosges de l'absence inquiétante d'une habitante de la commune, Liliane Coinchelin, depuis au moins trois ans. 

Âgée de 72 ans, cette femme à la santé fragile et aux déplacements difficiles vivait avec l'un de ses fils, dont le comportement conflictuel était régulièrement signalé par le voisinage.

Le parquet d'Épinal ouvre immédiatement une enquête pour disparition inquiétante et requiert l'ouverture d'une information judiciaire pour recherche de personne disparue. Les enquêtes sont confiées au service interdépartemental de police judiciaire de Nancy.

Des incohérences et une maison sans trace de vie

Très vite, les enquêteurs relèvent de nombreuses incohérences dans les déclarations des deux fils de la septuagénaire et de la compagne de l'un d'eux. Tous affirment l'avoir vue encore au début de l'année 2026, alors que les témoins entendus expliquent ne plus l'avoir aperçue depuis plusieurs années.

La perquisition du domicile met en évidence une absence totale de vie. Parallèlement, les policiers découvrent que les comptes bancaires de la victime continuent d'être utilisés et que plusieurs prêts ont été contractés depuis 2022 par ses fils.

Une femme sous tutelle et des alertes ignorées

Les enquêtes révèlent également que Liliane Coinchelin avait été placée sous tutelle par décision judiciaire fin septembre 2021, suite à une requête du parquet de fin mai de la même année. La victime et ses deux fils avaient fait appel de cette décision. La mesure avait été confirmée en appel en juillet 2023 après une expertise psychiatrique de Liliane Coinchelin concluant à la nécessité d'une protection, notamment en raison de troubles du comportement et d'une vulnérabilité liée à son âge. L'expert relevait également des interactions avec son fils, colocataire, qui paraissait vindicatif et problématique.  

Plusieurs signaux d'alerte avaient pourtant été envoyés avant la découverte des faits. Le frère de la victime avait fait partie de ses inquiétudes dès février 2025 au tuteur chargé de la mesure, car il n'avait plus du tout de contact avec sa sœur. L'organisme de tutelle avait lui aussi signalé en juillet 2025 l'absence totale de réponse du septuagénaire, malgré des déplacements à son domicile. Un nouveau courrier de la famille, reprenant les mêmes inquiétudes avait été prévu à la juge des tutelles en octobre 2025.

Aucun signalement n'avait alors été transmis au parquet.

Frédéric Nahon, le procureur de la République d'Épinal

Des aveux partiels en garde à vue

Au vu des éléments recueillis, le parquet ouvre finalement une information judiciaire criminelle pour meurtre, séquestration et escroquerie en bande organisée. Les deux fils de la victime et la compagne de l'un d'eux sont placés en garde à vue.

Lors des auditions, le plus jeune fils a choisi de garder le silence.

Le fils aîné et sa compagnie livrent en revanche un récit accablant. Selon leurs déclarations, Liliane Coinchelin aurait été séquestrée pendant plusieurs mois dans une chambre du domicile familial, enfermée sans soins et avec très peu de nourriture. Elle aurait été constamment surveillée par une caméra reliée aux téléphones de ses deux fils, avec un dispositif de miroir sans tain. Ses propositions ont été corroborées par la perquisition qui a eu lieu au domicile de la victime à Saint-Michel-sur-Meurthe en début de semaine. Les vidéos n'ont pour l'instant pas été retrouvées. 

Le mis en cause a également ajouté que son petit frère avait poussé sa mère à plusieurs reprises sur le lit.

Son état de santé se serait progressivement dégradé au point de ne plus peser qu'une trentaine de kilos. Le fils aîné affirme également que son frère aurait secoué leur mère peu avant son décès, survenu selon lui entre octobre 2022 et janvier 2023.

Un corps encore recherché

Toujours selon les déclarations recueillies, le corps aurait été entreposé un temps dans le garage avant d'être enterré dans un bois dont l'emplacement a été indiqué aux enquêteurs. Les trois suspects auraient ensuite remis la maison en état et continué à utiliser les comptes de la victime afin de faire croire qu'elle était toujours en vie.

Les enquêtes se poursuivent désormais pour vérifier ces déclarations, notamment à travers la recherche du corps de la victime, des expertises techniques et scientifiques, l'audition de témoins et l'analyse des mouvements bancaires.


Une version commune pendant plusieurs années

D'après les premiers éléments de l'enquête, les trois membres de la famille se concertent depuis plusieurs années pour dissimuler la séquestration et la mort de la victime.

Ils auraient maintenu la même version auprès des services de tutelle, des banques, du voisinage et même des policiers, allant jusqu'à affirmer qu'elle était encore en vie début 2026 et qu'elle avait passé les fêtes de Noël avec eux. Une battue avait même été organisée il ya peu pour tenter de faire croire à une disparition récente.

Trois mis en examen et placés en détention

À l'issue de leur garde à vue, les trois suspects ont été présentés au juge d'instruction.

Le plus jeune fils a été mis en examen pour actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort, séquestration en bande organisée, escroquerie en bande organisée et atteinte à la dignité d'un cadavre.

Le fils aîné et sa compagne sont mis en examen pour complicité d'actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort, séquestration en bande organisée et escroquerie en bande organisée.

Le parquet a requis leur placement en détention provisoire. Les trois mis en cause, âgés de 39, 40 et 45 ans, étaient jusqu'ici inconnus de la justice.