Voyance sur TikTok : un collectif dénonce une « jungle » où les victimes se sentent désarmées

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Plus de 50 plaintes visent un seul compte TikTok. Le collectif national d’alerte contre les manipulations en lignes et les escroqueries (CALME), qui a recueilli plus de 3 000 signalements, réclame l’application des lois existantes et espère faire jurisprudence.

Publié : 29 octobre 2026 à 16h29 par
Le collectif CALME a recueilli plus de 3 000 signalements.
Crédit : Pixabay

Voyance, médiumnité, « contact des défunts »… Sur TikTok, certains promettent de lire votre avenir ou de vous mettre en lien avec vos proches disparus.

Mais pour de nombreuses personnes, la facture a été amère : elles ont payé des prestations découvertes en ligne sans jamais recevoir ce qui leur avait été promis.

Pascal, membre vosgien du collectif CALME, recueille leurs témoignages. Il dénonce à notre micro les dérives observées sur ce réseau social.

Plus de 50 plaintes contre un seul compte

Le collectif national d’alerte contre les manipulations en ligne et les escroqueries, qui s’appelle CALME, est en cours de structuration : une association doit être créée prochainement. Composé de bénévoles, il réunit des victimes présumées d’escroqueries sur TikTok, les soutient et leur fournit les outils pour obtenir un remboursement ou déposer plainte.

Faute de moyens, le collectif concentre pour l’instant ses efforts sur un seul compte, visé par plus de cinquante plaintes. Il espère que le parquet décidera de le poursuivre. « Si jamais il y a une véritable condamnation, on suppose que d’autres feront beaucoup plus attention et rentreront dans les clous », explique Pascal.

Des prestations payées, jamais honorées

Le schéma décrit par le collectif est toujours à peu près le même. Tout commence lors d’un live TikTok. Les personnes intéressées sont invitées à communiquer un numéro de téléphone, puis à poursuivre sur WhatsApp, où elles achètent une prestation : une heure de contact des défunts, une heure de voyance, 45 minutes de « nettoyage karmique »…

Les sommes en jeu sont modestes, entre 15 et 30 euros, mais les victimes, elles, parlent d’oracles jamais envoyés, de prédictions jamais reçues, de séances non assurées. « Nous, on ne porte pas de jugement sur la médiumnité. On est là sur la forme, pas sur le fond. Ce qu’on condamne, ce sont les prestations non honorées », insiste Pascal : le contrat n’a tout simplement pas été rempli.

Pascal, membre vosgien du collectif Calme, en dit plus sur ces missions.
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas

Une majorité de femmes parmi les victimes

Le collectif dit avoir comptabilisé plus de 3 000 signalements, et le phénomène serait en hausse. Plus de 90 % des personnes concernées sont des femmes.

L’enjeu est d’autant plus large que la plateforme occupe une place considérable en France : avec plus de 27,8 millions d’utilisateurs réguliers, soit environ 4 Français sur 10, le pays est le premier d’Europe pour TikTok. Selon le collectif, TikTok France estime que la moitié de la population pourrait être présente sur le réseau d’ici trois à quatre ans.

Une modération qui ne voit pas l’ensemble

Pour le collectif, le problème dépasse une vidéo isolée. Comprendre ces situations suppose de rapprocher plusieurs lives, des paiements et des signalements étalés dans le temps. C’est précisément cette vue d’ensemble que la modération de la plateforme peinerait à avoir.

Pascal décrit des signalements qui ne produisent aucun effet : la plateforme répond simplement que le compte n’a pas enfreint ses règles communautaires. Il relève aussi une incohérence, la mention de l’origine du compte oscillant, selon les réponses, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Pascal, membre vosgien du collectif Calme pointe les failles de la modération des réseaux sociaux.
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas

« Tout le monde est impuissant »

Le collectif affirme avoir multiplié les démarches : signalements à l’Arcom, courriers recommandés avec dossier complet, sollicitation de députés et de la Commission européenne.

Selon Pascal, l’Arcom n’a jamais répondu. Une députée a orienté le collectif vers un « signaleur de confiance », ces organismes dont les alertes sont censées être traitées en priorité par les plateformes. Contacté, celui-ci a répondu que les portes de TikTok restaient fermées.

Le collectif réclame l’application des textes existants, en particulier le règlement européen sur les services numériques (DSA), et la création d’une jurisprudence qui dépasserait TikTok pour concerner l’ensemble des réseaux sociaux. « Les textes existent, mais personne ne les applique. Nous sommes désarmés », déplore Pascal.

Les bons réflexes avant de payer

Le collectif rappelle quelques précautions simples, trop souvent oubliées dans l’urgence ou sous l’emprise de la confiance.

Il faut consulter les conditions générales de vente. Elles doivent obligatoirement être affichées, et mentionner l’identité de l’entreprise ainsi que les modalités de remboursement.

Il faut se renseigner sur l’identité du vendeur avant tout paiement et faire preuve de discernement. N’achetez pas sur un coup de tête, regardez plusieurs lives et observez le comportement de la personne.

En cas de problème, le collectif conseille de conserver toutes les preuves (captures d’écran, justificatifs de paiement, échanges), de signaler le compte à la plateforme puis aux autorités.

Si le signalement reste sans effet, il ne faut pas rester seul : le collectif CALME peut vous orienter si vous êtes victime dans vos démarches.

Pascal, membre vosgien du collectif CALME, détaille les réflexes à adopter en cas de doutes.
Crédit : Des propos recueillis par Zoé Thomas