Violence à l'école : les enseignants de Meurthe-et-Moselle à bout de souffle
Les signalements de violence dans les écoles de Meurthe-et-Moselle ont plus que doublé en un an. Le syndicat FSU-SNUipp 54 tire la sonnette d'alarme et pointe un manque criant de moyens.
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En Meurthe-et-Moselle, les signalements de violence en milieu scolaire ont plus que doublé en un an. Entre septembre et décembre 2023, 73 fiches avaient été déposées dans le registre Santé, Sécurité et Travail mis à disposition par le rectorat. Sur la même période en 2024, ce chiffre est monté à 173. Pour la FSU-SNUipp 54, cette hausse reflète avant tout une souffrance qui ne peut plus se taire.
« Ils n'en peuvent plus, donc ils ne peuvent plus se taire », résume Ambre Desrumaux, enseignante remplaçante et déchargée syndicale en charge des débuts de carrière. Elle insiste : si les enseignants remplissent davantage ces fiches, c'est moins parce qu'ils connaissent mieux la procédure que parce qu'ils se sentent « complètement démunis et abandonnés par l'institution ».
Le syndicat pointe notamment la disparition progressive des RASED, les réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté. Ces structures comprenaient autrefois une psychologue scolaire, un enseignant spécialisé dans les difficultés scolaires, et un autre dans les difficultés comportementales : le « maître G ». Ce dernier profil a presque disparu du département. « Il en reste très, très peu dans le 54 », déplore Ambre Desrumaux. Sans ces interlocuteurs, les enseignants se retrouvent seuls face à des élèves aux besoins particuliers, dans des classes qui peuvent compter jusqu'à 26 élèves.
Les AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap) sont eux aussi concernés. Le syndicat dénonce un manque criant de formation : les sessions proposées se font majoritairement en visioconférence, sans parcours professionnalisant. Tant que les salaires ne seront pas revalorisés, estime Ambre Desrumaux, le recrutement restera insuffisant.
Les enseignants débutants sont particulièrement vulnérables. Certains titulaires de première année se retrouvent affectés sur des postes spécialisés, notamment dans les dispositifs ULIS, destinés à l'inclusion scolaire, sans la formation requise. « Elles craquent parce qu'elles n'ont pas les outils pour pouvoir prendre en charge ces élèves-là », explique la syndicaliste. Des démissions ont eu lieu.
Face à cette situation, la FSU-SNUipp 54 a adressé une lettre ouverte au DASEN. Elle a également lancé une enquête flash auprès des personnels pour documenter ce que vivent enseignants et AESH au quotidien. « S'il n'y a pas de signalement, pour eux tout va bien », selon Ambre Desrumaux. Le syndicat réclame davantage de moyens : plus de maîtres que de classes, des RASED complets, une vraie formation pour les AESH.
En toile de fond, un chiffre illustre l'ampleur du désinvestissement dénoncé : la France compte aujourd'hui 900 médecins scolaires pour 12 millions d'élèves, et une infirmière scolaire pour 1 000 à 1 500 élèves.
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