Pénurie d'orthophonistes : la fédération nationale interpelle le ministre
Des délais d'attente pouvant atteindre trois ans, des enfants en décrochage scolaire, des patients d'AVC privés de rééducation : la Fédération Nationale des Orthophonistes lance un appel solennel pour débloquer une proposition de loi adoptée à l'unanimité à l'Assemblée… et qui dort au Sénat.
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La Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO) a adressé une lettre ouverte à Philippe Baptiste, ministre de l'Enseignement supérieur. Le message est direct : la France sacrifie l'accès aux soins orthophoniques, et il est temps d'en assumer la responsabilité politique. En cause, une proposition de loi numérotée 666, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 5 avril 2025, qui vise à augmenter le nombre de places en formation d'orthophonie d'ici à 2030. Un an plus tard, le texte est toujours bloqué au Sénat, sans date d'inscription à l'ordre du jour.
- 24 500 orthophonistes en exercice en France
- +50 % d'étudiants visés d'ici 2030 (de 1 000 à 1 500 diplômés/an)
- 10 M€/an, coût estimé de la mesure par la FNO
Éric Wiemert, vice-président de la FNO chargé de la formation initiale et du SDOV (Syndicat des Orthophonistes des Vosges), résume l'urgence : « Chaque jour où un enfant ou un adulte ne peut pas accéder aux soins en orthophonie, c'est un jour perdu. » Les délais d'attente pour obtenir un simple bilan orthophonique s'étendent aujourd'hui de six mois à trois ans selon les territoires.
Un enfant non lecteur en fin de CP qui attend un an et demi avant d'avoir des soins, les rééducations arrivent bien trop tard par rapport à l'évolution du système scolaire.
Éric Wiemert, vice-président FNO, SDOV
Les conséquences de ces délais sont concrètes et documentées : décrochages scolaires, ruptures de parcours de soin, réhospitalisations. Pour les patients victimes d'AVC, la fenêtre de récupération se joue dans les premiers jours, voire les premières heures. « Très clairement, on fait ce qu'on peut pour prendre des urgences, mais parfois on ne peut pas toutes les prendre. C'est une vraie perte de chance de récupération pour ces patients. »
Un sous-financement chronique.
La formation en orthophonie souffre d'un manque de moyens structurel. Les centres universitaires manquent de personnel, les maîtres de stage ne sont pas rémunérés et peinent à dégager du temps pour les étudiants. La proposition de loi prévoyait notamment la création d'un statut de maître de stage universitaire, condition indispensable pour ouvrir des lieux de formation dans les zones sous-dotées, souvent les plus éloignées des grandes villes.
Dans le Grand Est, la situation est particulièrement tendue. La Meuse, les Vosges, les Ardennes, la Haute-Marne : ces départements, déjà fragilisés par des déserts médicaux plus larges, comptent parmi les zones où les délais d'attente sont les plus longs. Pour se former, les étudiants de la région peuvent se tourner vers les centres universitaires de Nancy, Strasbourg ou Besançon — mais le numerus clausus de fait, faute de financement, écarte chaque année des candidats motivés.
10 millions d'euros, ça paraît beaucoup, mais c'est très peu par rapport au budget total de la formation initiale des étudiants. C'est un petit caillou dans le budget global.
Éric Wiemert, vice-président FNO
La FNO chiffre l'effort à 10 millions d'euros par an, un montant que la fédération présente non comme une dépense, mais comme un investissement pour une société inclusive. « Ne pas investir dans la formation aujourd'hui, c'est aggraver la pénurie de demain, » écrit la présidente de la FNO dans la lettre ouverte. La fédération souligne que le ministre Baptiste avait lui-même émis un avis favorable sur le texte en avril 2025, et l'appelle désormais à plaider activement auprès des instances du Sénat pour son inscription à l'ordre du jour.
En attendant, la profession s'organise. La FNO a mis en place une plateforme de régulation, animée par des orthophonistes, qui oriente les patients vers des listes d'attente communes et identifie les bilans urgents. Mais pour Éric Wiemert, les solutions internes ont leurs limites : « On a une profession très dynamique qui essaye de trouver des solutions, mais à un moment donné, on a besoin d'être accompagné. »
Au-delà de la formation initiale, la fédération pointe un second levier trop peu actionné : la revalorisation salariale des orthophonistes en établissements médico-sociaux. Faute d'une rémunération attractive, les postes salariés restent vacants, les patients de ces structures sont externalisés vers les cabinets libéraux, ce qui engorge encore davantage un secteur déjà saturé.
La PPL 666 attend toujours son heure au Sénat. Chaque semaine perdue, rappelle la FNO, se compte en listes d'attente allongées, en troubles aggravés, en vies abîmées.
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